Le loup arctique

Photo de loup arctique

Mathieu Dumond
Photo : Peter Krizan.
 
Si l’ours polaire est le roi du Nord canadien, le loup arctique en est certainement le prince. Loin du chasseur solitaire et vorace ou de la meute affamée et cruelle, le loup est un animal sociable dont l’intelligence et l’adresse ne servent qu’à sa survie et à notre émerveillement. Mais connaît-on vraiment le loup?

Taxonomie: espèces et sous-espèces

Le loup est un animal très répandu. On le retrouve sur la presque totalité de l’hémisphère Nord, à l’exception de l’Afrique et de l’Asie du Sud-Est. Sa répartition est si vaste qu’il a fallu aux scientifiques reconnaître l’existence de sous-espèces ayant des caractéristiques physiques et des comportements propres. Le nombre de sous-espèces est difficile à affirmer, car les scientifiques ne s'entendent toujours pas sur le sujet, mais il y en aurait actuellement un peu plus d’une douzaine reconnues en Amérique du Nord, dont cinq ou six au Canada.

La division en sous-espèces répond à une réalité écologique (ce concept est bien expliqué par Stephen J. Gould dans ses nombreux écrits sur l’évolution). Les loups apprennent à vivre en fonction des conditions locales («culture») et le temps retient les individus les plus aptes à survivre (sélection naturelle), créant ainsi peu à peu des populations aux caractéristiques distinctes pouvant, à long terme, se séparer en espèces à part entière. L'expression «sous-espèce» décrit donc un stade intermédiaire, mais encore réversible, vers la spéciation, la création de nouvelles espèces.

Le loup arctique

Nous nous attarderons ici à celui que les Inuits appellent Amaruq, le loup arctique. Si les chercheurs semblent s’accorder pour définir le loup du haut Arctique comme une sous-espèce bien distincte (Canis lupus arctos), la polémique reste entière pour les populations de l’île de Baffin et pour la partie continentale du Nunavut. Mais pourquoi cherche-t-on à savoir à quelle sous-espèce appartient telle ou telle population? Parce que les sous-espèces font partie de la biodiversité, cette variabilité du monde vivant qui nous permet de trouver dans telle ou telle plante un médicament ou bien qui permet à une espèce de survivre
malgré des épidémies ou des changements drastiques de l’environnement.

David L. Mech est l’un des plus célèbres chercheurs sur le loup. Il a très largement contribué à faire connaître du grand public les loups de l’île d’Ellesmere (située à l’extrême nord du continent américain). Ces loups à la fourrure blanche, vivant en groupes familiaux et chassant le boeuf musqué (Ovibos moschatus). Un peu plus au sud, la majorité des études sont conduites dans la région de Keewatin, la partie continentale du territoire du Nunavut. Sur l’île de Baffin, les loups sont bien présents, mais moins connus pour le moment. Quel est leur statut taxonomique? Que mangent-ils? Quelles sont leurs relations sociales? Ces questions sont celles qu’étudie Julia Krizan, biologiste spécialisée dans l’étude des carnivores pour le ministère du Développement durable du Nunavut. Depuis environ deux ans, Julia Krizan récolte de l’information, des carcasses, des échantillons de tissus et des crânes de loups auprès des chasseurs dans les différentes communautés du Nunavut dans le but de mieux connaître le loup arctique.

Population du loup arctique

Au Nunavut, la chasse au loup est ouverte de la mi-août à la fin mai, mais la majorité des prises se font en mars et en avril, lorsque la nuit polaire se dissipe, que les conditions de neige et de glace sont propices aux déplacements en motoneige et que la fourrure d’hiver est encore belle.

D’après les chasseurs interrogés et le nombre de loups tués chaque année, il semble que les densités de loups diminuent en allant vers le nord. Avec les conditions climatiques de plus en plus difficiles en montant en latitude, cela paraît normal. Les chasseurs de Baker Lake rapportent plusieurs centaines de fourrures de loups chaque année, alors que dans les îles arctiques, en général, seulement quelques dizaines de fourrures sont enregistrées chaque année. Néanmoins, il faut faire attention à ces données. Les chasseurs de la région de Keewatin ont développé un bon commerce de la fourrure, enregistrant la plupart des prises, tandis que plus au nord, les fourrures de loups sont essentiellement utilisées à des fins domestiques (pour fabriquer des bordures de manteaux, par exemple) ou vendues localement, ce qui rend leur recensement difficile.

La population de loups du Nunavut et des Territoires du Nord-Ouest est estimée à environ 10 000 individus et est considérée comme généralement stable . Les estimations de densités rapportées dans l’Arctique vont d'un loup par 154 km2 (toundra continentale) à un loup par 3 274 km2 (île d’Ellesmere). Globalement, les densités des populations de loups sont estimées à un loup par 307 km2 dans la toundra continentale et l’île de Baffin et à un loup par 944 km2 dans les îles arctiques. Les populations sont respectivement estimées à 7 300 loups sur le continent et de 800 à 1 000 loups sur l’île de Baffin.

Ce projet a été rendu possible grâce à une contribution financière du programme Francommunautés virtuelles d'Industrie Canada.

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