À la rencontre des deux mondes

Photo d'un groupe de personnes

Stéphane Cloutier
Photo : Stéphane Cloutier
 
Nous avons continué, cet été, notre périple dans le sillage du capitaine Joseph Elzéar Bernier. Poussés par les vents du Nord, nous avons cette fois-ci abouti au pays des marins, à L'Islet-sur-mer, au Québec. Près d'une vingtaine de Nunavois étaient également du voyage, un peu comme si l'histoire suivait un cours inversé. Le cœur et le regard confiants, nos amis allaient découvrir, sur les rives du fleuve Saint-Laurent, une partie de leur héritage. Nous vous présentons, dans les pages suivantes, les faits saillants de cet événement formidable et historique de la rencontre des deux mondes. Au bilan, une nouvelle exposition sur le capitaine Bernier, ses hommes et leurs amis inuits, un concert mémorable en leur honneur et une rencontre entre les descendants francophones de Bernier et les descendants inuits de son neveu, Wilfrid Caron.
«Nous nous souvenons de ces hommes, cuirassés par le soleil et les vents du grand large, attirés par le goût de l’aventure et de la conquête, malgré les froids extrêmes et les dangers des longs hivers arctiques.»
Parfois au risque de leur vie, nos braves marins accomplirent des actes héroïques afin d'assurer un héritage canadien dans nos contrées polaires. Le succès de leur entreprise n'aurait sûrement pas été le même s'ils n'avaient pas cultivé une amitié loyale avec les Inuits, les maîtres de la toundra et de la banquise.

À la mémoire de nos pères et de nos grands-pères du Québec et du Nunavut, l'Association des francophones du Nunavut et le Musée maritime du Québec ont présenté un concert du souvenir. Cet événement a réuni sur une même scène des artistes inuits, l’Ensemble vocal de la Côte-du-Sud sous la direction de Guy Bélanger et les solistes Antoine et Vincent Bélanger, Marie Gisclard et Sylvain Doyon.

Le spectacle a été grandiose et unique, à l'image des peuples nordiques et maritimes, avec leurs chants profonds de la terre, de la mer et de la glace.

Wilfrid Clément Caron, neveu de l’épouse de J.E. Bernier et fils de Joseph Caron et de Philomène Boucher de L’Islet, vécut pendant plusieurs années dans la région de Pond Inlet, entre 1912 et 1922, à la station de son oncle à Igarjuaq, au pied du mont Hérodier.

Il apprit à parler couramment inuktitut, à chasser, à manger et à vivre à la mode du pays. Il s'adonnait volontiers aux jeux inuits, aux chants et à la danse au tambour. Il vint également à composer ses propres «pisiit» en langue inuite, une sorte de complainte personnelle. Il devait certes paraître pittoresque aux yeux de ses contemporains canadiens ou européens, mais Quvviunginnaq (surnom de Wilfrid en inuktitut) est parvenu à devenir l'égal des Inuits.

Il s’allia à une femme inuite, Panikpak, et éleva une famille durant son long séjour dans l’Arctique. Ils eurent trois enfants, dont un décédé en bas âge. Les deux autres enfants étaient Lazaroosi Kyak et Martha Angugattiaq. Panikpak avait déjà trois enfants au moment de rencontrer Wilfrid, deux filles et un garçon. Les descendants de ces derniers se souviennent encore avec affection des histoires à propos de Quvviunginnaq.

Son fils, Lazaroosi Kyak, fut constable spécial pour la Gendarmerie Royale du Canada à Craig Harbour et à Pond Inlet. Il reçut l’Ordre du Canada en 1970, ce qui faisait de lui le premier membre de la GRC à recevoir un tel honneur. Martha Angugattiaq était, quant à elle, une vraie encyclopédie vivante de la culture inuite, comme en témoigne la publication de son livre et la diffusion de ses témoignages à la radio.

Ce projet a été rendu possible grâce à une contribution financière du programme Francommunautés virtuelles d'Industrie Canada.

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