La ruée vers l'or

Flanc de montagne

Jean-Sébastien Charron
Photo : Jean-Sébastien Charron
 
Il y a à peine plus d’un siècle, des milliers de personnes, attirées par la possibilité de s’enrichir rapidement, se sont lancées dans la ruée vers l’or qui a permis à la ville de Dawson, au Yukon, de devenir, pendant un moment, la plus grande agglomération à l’ouest de Winnipeg et au nord de Seattle. C’était en 1898. Il est aujourd’hui possible de marcher sur les traces de ces prospecteurs d’or et de faire revivre le passé. C’est ce que propose la piste Chilkoot, sise entre l’Alaska et le Yukon : un sentier pédestre classé lieu historique, dans sa portion canadienne, et parc historique, du côté américain.
 
Bien que la nature ait presque entièrement repris ses droits dans cette région où avait été construites, en deux ans à peine, des agglomérations de quelques milliers de personnes, il reste sur le parcours de 53 kilomètres plusieurs vestiges du passé.

Lorsqu’on s’arrête pour y penser, ces deux processus sont aussi fascinants l’un que l’autre. Dans un premier temps, l’être humain a rasé, en deux ans seulement, presque tous les arbres de cette région dans sa course effrénée vers le Klondike et la supposée richesse qu’il apporterait à ceux prêts à tenter l’aventure. Vint ensuite la construction du chemin de fer, permettant d’acheminer le matériel et les marchandises beaucoup plus rapidement. Et, dans un deuxième temps, on a pu observer la végétation reprendre tranquillement le dessus, si bien que mis à part quelques pièces plus imposantes, tel un moteur à vapeur ayant servi à actionner un téléphérique, il ne reste plus rien du passage de l’Homme dans cette région. Le randonneur moderne est également confronté à un autre paradoxe lors de la traversée de la piste Chilkoot. Tout en s’émerveillant constamment devant la beauté et la diversité des paysages qui s’offrent à lui, il doit, au même moment, être prêt à affronter les difficultés du terrain et les caprices de dame nature, imprévisible en ces contrées éloignées.

C’est de ces paradoxes que se nourrit le caractère unique du sentier. Outre la dimension de l’expérience de plein air qui y est offerte, on y vit un cours d’histoire – tant humaine que naturelle.

On peut diviser le sentier en trois sections, qui recoupent plus ou moins les zones de végétation rencontrées. La première partie constitue l’approche et se situe en zone de végétation de la côte Ouest. Vient ensuite l’ascension et la traversée du col, où l’on se retrouve en végétation de montagne et de toundra, quand ce n’est pas carrément dans les neiges éternelles. La lente descente se déroule en bonne partie dans une zone de forêt boréale, peuplée surtout de conifères.

L’approche

La piste Chilkoot avait pour but, à l’origine, de permettre aux pionniers de se rendre, par le chemin le plus court, du dernier point accessible par bateau, dans l’océan Pacifique, au réseau de lacs et de rivières qui les mènerait éventuellement à Dawson. La ville de Dyea, située en Alaska, qui a compté de 8 000 à 10 000 personnes (la plupart de passage) lors de cette ruée vers l’or, est aujourd’hui une ville fantôme et le point de départ du sentier. Située au fond d’une baie, elle était le dernier point accessible pour les bateaux en provenance de Seattle ou de San Francisco.

Durant la première vingtaine de kilomètres, la piste suit la rivière Taiya, dont le débit assez puissant est nourri par la fonte des neiges et des glaciers environnants. Même si ce cours d’eau demeure très froid tout l’été (c’est quand même de l’eau de glaciers…), il est très apprécié pour une bonne baignade à la fin d’une journée de marche. Il faut dire que les températures peuvent être surprenantes dans cette région et approcher les 30° C. La végétation, de type forêt du Pacifique, y est dense et diversifiée, contribue à l’humidité du climat. Ajoutez à cela le fait que le soleil est présent jusqu’à vingt heures par jour pendant l’été et cela vous convaincra qu’une baignade dans la rivière (habituellement très rapide!) sera appréciée.

Quatre sites réservés au camping sont situés sur ce segment, permettant aux marcheurs d’adapter leurs journées selon leur forme physique et les conditions climatiques. En été, la piste est assez achalandée, même si les responsables du site limitent le nombre de personnes pouvant entreprendre la randonnée à cinquante par jour. Comme on revoit souvent les mêmes personnes le matin et en fin de journée, un esprit de camaraderie se tisse au fil des trois à cinq jours recommandés pour faire le trajet.

Les randonneurs expérimentés peuvent penser compléter ces premiers vingt kilomètres en une journée, à condition de commencer tôt. Même si cette section ne compte pas de pentes abruptes (la dénivellation est de 300 mètres), on vous suggère malgré tout de prévoir deux jours de marche, afin de vous acclimater à la région, d’observer les quelques vestiges de la ruée vers l’or et d’en lire les notes explicatives, de rencontrer les autres randonneurs sur le sentier et, surtout, de vous garder un maximum d’énergie pour l’escalier doré, communément appelé Golden Stairs.

L’ascension

Cette (longue) journée de marche constitue un défi pour tous les randonneurs, peu importe leur expérience et leur condition physique. Sections rocheuses, zones d’avalanches, ponts de glace ou de neige, passage d’un climat chaud et humide à une zone froide et venteuse sont autant d’éléments qui feront de l’ascension de l’escalier doré une journée de marche exigeante, si les conditions sont favorables, ou un défi de tous les instants, dans le cas contraire.

C’est aussi une journée qui récompense les aventuriers en leur permettant de franchir différentes zones de végétations, de contempler des paysages superbes, à l’allure terrestre dans un premier temps et lunaire après le passage du col. En plus de tout cela, vous traverserez un véritable «lieu historique naturel», un élément du terrain qui a marqué l’imaginaire de l’époque et qui est demeuré un symbole que l’on retrouve fréquemment dans les villes du Yukon : l’escalier doré.

Ce projet a été rendu possible grâce à une contribution financière du programme Francommunautés virtuelles d'Industrie Canada.

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