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Savourer le plein-air
Jean-Sébastien Charron
Photo : Odile Dumais.
Son amour pour les grands espaces n'a d'égal que son goût… pour le goût! Odile Dumais, amateur de plein air et de gastronomie, a jumelé ses deux passions pour son propre bonheur qu'elle partage maintenant avec les adeptes d'activités extérieures dans un livre intitulé La gastronomie en plein air. Ce bouquin est le savoureux mélange de son expérience sur le terrain et de ses apprentissages académiques lors de son baccalauréat en éducation physique et de sa maîtrise en nutrition.
Bien qu'elle aime jouer dehors où qu'elle soit, Odile Dumais ressent fortement le magnétisme des espaces infinis et des neiges éternelles de l'Arctique. Elle s'est tout d'abord intéressée à cette partie du monde en lisant des récits d'exploration nordique, ceux du norvégien Fridtjof Nansen en particulier. Elle s'est par la suite lancée elle-même à la conquête de ces grands espaces lors d’un voyage au Yukon et en Alaska, qui lui ont donné la piqûre. Elle ne peut, depuis ce temps, s'empêcher de retourner régulièrement au Nord, que ce soit pour y mener ses propres expéditions ou pour accompagner des groupes et leur faire découvrir les secrets de sa cuisine. Elle a donc pu goûter à plusieurs régions arctiques : le Groenland, l’île d’Ellesmere, l'île de Baffin et les monts Torngat, situés dans le Nord québécois.
De son aveu personnel, son coin de paradis se situe sur l'île de Baffin, dans l'est de l'Arctique canadien. «Le parc national Ayuittuk est ce qu'il y a de plus beau au Canada. C'est un vrai bijou», affirme celle qui enseigne présentement au baccalauréat en plein air et tourisme d'aventure à l'Université du Québec à Chicoutimi. Un de ses plus beaux souvenirs est justement le majestueux mont Thor, alors qu'elle se retrouvait pour la première fois au sommet des glaciers d'Ayuittuk.
Passionnée elle-même de randonnée pédestre et de ski de fond, Odile Dumais destine La gastronomie en plein air à tous les amateurs de plein air, du cycliste au kayakiste. Ses vingt années d'expérience y sont rassemblées pour permettre au lecteur de mieux comprendre les mécanismes du corps humain et ses besoins alimentaires, ainsi que pour lui livrer certaines de ses meilleures recettes, car, dit-elle, «j’ai un réel plaisir à voir les campeurs se régaler en camping, manger lentement et savourer, tout en racontant leur journée. En plein air, le plaisir de manger reprend tout son sens».
Les bases de la nutrition
Au début de l’ouvrage, on nous fait remonter à l’époque des premiers navigateurs et explorateurs nordiques afin d’illustrer l’importance d’une bonne alimentation lorsqu’on pratique des activités en plein air – souvent exigeantes physiquement. Ainsi peut-on retrouver le menu de Fridjtof Nansen lors de ses expéditions, à la fin du 19e siècle, et y découvrir, entre autres, les origines du réchaud portatif et de la nourriture déshydratée, aujourd’hui devenus des essentiels.
Un chapitre complet de La gastronomie en plein air est consacré aux bases de l’alimentation. On y explique le rôle des glucides, des lipides, des protéines, des vitamines, des minéraux et de l’eau dans le corps humain. On y fait également un survol des besoins énergétiques et nutritionnels en indiquant les aliments à privilégier lors d’activités demandant une bonne dépense d’énergie.
Vient ensuite une section qui vous aidera à planifier vos excursions dans les contrées septentrionales. Le corps utilisant l’énergie qu’il trouve dans les aliments pour maintenir sa chaleur, votre dépense énergétique y est par conséquent beaucoup plus élevée. Ainsi, une journée de ski à –30º C entraînera une dépense d’environ 6 000 kilocalories, tandis qu’un randonneur, sous un climat tempéré, brûlera moins de 4 500 kilocalories. Dépendamment de la longueur et de l’intensité de l’activité prévue, il faut prévoir de fortes quantités de lipides. Des idées pour dissimuler le goût d’un bâtonnet de beurre ou d’huile végétale sont fournies! On conseille également les noix, la pâte d’amandes et le fromage pour assurer l’apport supplémentaire en gras et en calories nécessaire pour les grands froids.
Les explications et les conseils en matière de nutrition sont toujours accompagnés d’anecdotes et de trucs judicieux. Ainsi apprend-on que les Inuits développent une couche de graisse sous-cutanée qui leur permet de jouer dehors en chandail à manches courtes, par des températures sous le point de congélation! Si vous n’avez pas atteint cette étape, on suggère de transporter du poivre de Cayenne et d’en dissoudre une pincée dans une tasse d’eau chaude avant de sauter dans votre sac de couchage. Une sensation de chaleur presque instantanée envahira ainsi votre corps à l’approche du sommeil.