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La vie au fil de l'eau
Julie Plourde
Photo : Karine Massé.
Échanger des fondations de béton pour un quai flottant en bois soutenu par des barils de pétrole n’offre pas qu’un romantisme à la Tom Sawyer. Le développement de la baie de Yellowknife est une réponse à la crise du logement qui sévit depuis plusieurs années dans la capitale. Paradoxalement, la quinzaine de maisons-bateaux jouxtées a l’île Jolliffe n’abritent que peu de sans-le-sou.
«Quand nous avons mis sur pied le projet, et c’est toujours le cas aujourd’hui, nous ne pouvions pas acheter de terres en dehors des limites de Yellowknife. Je vivais dans une cabane et je ne voulais pas m’hypothéquer en achetant une maison en ville. Un ami m’a dit : pourquoi ne pas construire une maison-bateau?» John Alexander a tourné son regard vers la baie, a acheté un radeau rafistolé avec les restes d’un baraquement d'une mine d’or située à proximité et s’est mis à l’ouvrage. C’était en 1981. Une seule personne s’était aventurée auparavant sur l’eau avec sa maison flottante de huit pieds sur seize pieds; la baie offrant une quasi protection des vents en provenance du nord, de l’est et de l’ouest. John et son ami Gary Vaillancourt ont misé sur cette alternative en habitation devenant ainsi les premiers habitants de la communauté au sud de l’île Jolliffe.
Les premières estimations des deux aventuriers se sont avérées au-dessous des coûts réels de construction. Une maison-bateau, c’est un bateau, un moteur, mais c’est aussi un système électrique adapté aux sources d’énergie, un canoë et une motoneige pour se déplacer sur l’eau ou la glace. «Nous avons réalisé que ce n’était pas aussi abordable que nous l’avions imaginé», raconte John Alexander qui a vécu sur l’eau un peu plus de cinq ans. Conséquences : rares sont ceux qui se lancent dans l’aventure sans un petit pécule. «La plupart des gens qui vivent sur des maisons-bateaux sont des professionnels», constate-t-il. «Il s’agit surtout de jeunes personnes, la plupart du temps des diplômés d’université.»
Wade Carpenter, 31 ans, a travaillé un an sur un bateau voyageant sur l’océan Pacifique avant de s’installer à Yellowknife. Marie Loubert, 24 ans, a vécu dans une cabane dans la vieille ville avant de rencontrer Wade. Il est enseignant, elle est agente de bord. Tous deux sont tombés en amour … avec la vie sur l’eau. «C’est un retour aux sources», explique Marie. «Tout est au ralenti. On a appris à vivre avec très peu.» Ils n’ont pas calculé les coûts inhérents à leur style de vie, mais reconnaissent qu’il n’est pas à la portée de tous. «Ce n’est pas beaucoup moins cher, car il y a le bois et le propane à acheter», ajoute-t-elle. Le couple, qui habite la maison construite par John Alexander, paie 640 dollars par mois pour se loger. Les prix varient entre 500 et 900 dollars pour une location mensuelle, selon la qualité de construction et les dimensions de la maison.