Voyage au bout du monde

Madeleine Cole en ski

Madeleine Cole
Photo : Madeleine Cole
 
En mai dernier, après plusieurs mois de préparation et de logistique, je prends finalement l’avion pour Mittimatalik (Pond Inlet) en compagnie de quatre amis afin d’y entreprendre une expédition en skis de deux semaines à travers les glaciers. Du haut des airs, entre Clyde River et Pond Inlet, je vois d’interminables bordées blanches, contrastant avec les deux tresses qui sillonnent le dos de ma voisine. Dehors, des plaques de glace s’étendent tel du velours sur un paysage montagneux, jusqu’à de hautes falaises plongeant dans les fjords.
 
Le matin suivant, nous progressons cahin-caha avec notre qamutiq sur l’océan gelé. Nous nous dirigeons vers l’est, en direction de Erik Harbour, notre port d’attache, situé à quatre heures de route. De là, constamment à l’affût d’ours polaires, nous traversons en skis deux lacs pour atteindre les moraines, ces longues traînées d’amas rocheux qui marquent le début des glaciers. Ces roches y ont été charriées par les glaciers pendant des milliers d’années. Faisant passer notre équipement et nos skis entre deux saillies rocheuses, nous entrons dans le champ de glace sur lequel nous passerons les deux prochaines semaines.

Discerner les contours neigeux d’un glacier et lire dans les ombres et les coulées de subtils indicateurs de ce qui se cache sous la surface sont des habiletés qui s’acquièrent avec l’expérience. Car cette belle couverture blanche qui s’étend délicatement devant nous camoufle de nombreuses crevasses, des failles aux profondeurs insondables dont la largeur varie de quelques centimètres à plusieurs mètres. Dans les régions plus hasardeuses, afin de réduire les risques, nous skions attachés les uns aux autres à l’aide de harnais. Pour faire face aux situations d’urgence, nous disposons également d’un téléphone satellite ainsi que de l’équipement et du savoir-faire pour effectuer un sauvetage, en cas de chute dans une crevasse.

Le quatrième jour, nous quittons notre campement à quatre heures du matin sous une forte brise, laissant sur place nos tentes et n’emportant que le strict minimum. Nous nous dirigeons vers Qijjivik, la plus haute montagne de la région, qui s’élève à plus de 6 000 pieds. Le vent finit par se calmer et c’est sous un ciel bleu que nous entamons notre lente ascension vers le sommet. Une fois sur la cime, nous nous tournons vers le versant nord, parcourant du regard les limites du floe et l’immense étendue enneigée et glacée du glacier Oliver.
L’un des privilèges de se retrouver ainsi dans la nature est de pouvoir observer la beauté éphémère de la lumière et des changements atmosphériques. De hauts nuages lenticulaires, dignes des œuvres de Doris McCarthy, apparaissent un moment pour aussitôt se dissiper en de multiples formes, avant de se fondre dans la brume qui monte des vallées.

La neige se présente également sous de nombreuses formes. Parfois craquante, balayée par le vent en de fascinantes formes fractales, parfois légère et étincelante. En de rares occasions, je remarque un son étrange et surprenant en skiant, un son qui ressemble au bruissement de millions d’oiseaux aquatiques miniatures prenant leur envol sous mes skis. C’est sans doute une des particularités de ces tonnes de neige sur lesquelles personne n’a probablement skié auparavant.

Puis nous amorçons sur nos skis la passe la plus haute, qui demande une bonne dose d’équilibre et de force. Nous effectuons cette montée en zigzaguant, tout en tirant nos traîneaux, sachant que la moindre chute nous entraînerait à des centaines de mètres plus bas.

Le temps est généralement clément, mais des vents violents font parfois chuter la température, rendant les déplacements plus ardus. Le paysage, bien que superbe et inspirant, est uniformément blanc et offre peu de points de repère pour la navigation. Ainsi, même par beau temps, un système de positionnement global (GPS) s’avère nécessaire. Au réveil, le lendemain matin, la visibilité réduite à notre campement situé à 4 500 pieds d’altitude nous oblige à faire appel au GPS de notre téléphone cellulaire pour guider notre descente en skis et quitter la zone de nuages et de vent.

Ce projet a été rendu possible grâce à une contribution financière du programme Francommunautés virtuelles d'Industrie Canada.

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