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Le projet SOLEIL ou l'art de poser un regard artistique sur son milieu
Marie-Ève Fiset
Photo : Aurélie Lemarec
L’an dernier, sept jeunes d’Iqaluit ont oublié, l’espace de deux heures par semaine du moins, qu’ils étaient anglophones, inuits ou francophones, qu’ils étaient, comme le sont leurs parents, sollicités à fond entre l’école, les cours de hockey, de patinage de vitesse et leurs rencontres scoutes, pour s’amuser et poser un regard artistique sur le Nord par l’entremise d’un thème, le soleil. En 2002-2003, cette enclave dans l’univers fou des horaires surchargés s’est appelée le projet SOLEIL.
Ce projet fut mené de paire par Aurélie Le Marec et moi-même, dans le cadre des activités culturelles de l’Association des francophones du Nunavut. Pour résumer l’affaire en quelques mots, disons que le projet SOLEIL fut un échange culturel et artistique entre deux groupes de jeunes, l’un situé à Iqaluit, au Nunavut, et l’autre à Paris, en France et qu’à travers différentes techniques artistiques, les deux groupes ont abordé le thème du soleil et, au-delà, leurs réalités culturelles.
Le projet SOLEIL, à Iqaluit
Pour nous à Iqaluit, le projet SOLEIL a commencé en octobre. Chaque samedi, nous nous rencontrions afin d’aborder un thème et une technique particulière. Ainsi, la première séance fut consacrée aux différentes formes que peut prendre le soleil (reflet, luminosité, chaleur…) et nous fîmes de la photographie noir et blanc (de la prise de vue au développement en chambre noire). La séance suivante, nous avons abordé les mythes de la création du soleil chez différents peuples du monde, dont les Inuits. Puis, les enfants réalisèrent des masques visant à représenter leur propre dieu ou déesse du soleil. Nous avons ensuite parlé de la nuit polaire et des explications (mythiques et scientifiques) données au phénomène des aurores boréales; les enfants ont donc illustré leurs aqsarniit (aurores boréales en inuktitut) avec de la craie sur carton noir. Vinrent ensuite deux séances consacrées au soleil comme source de vie. Les enfants en ont profité pour peindre, dans un premier temps, de petites formes de vie (le cœur d’une fleur, l’aile d’un papillon, les écailles d’un poisson…) et, dans un second temps, sur une ancienne toile de cinéma, le système solaire en entier.
Les sept jeunes Nunavois impliqués dans le projet (Amielle, Emilie, Gillyan, Phillip, Robert, Wisdom et Yanick) nous ont étonnées tout au long de l’année en profitant des séances pour étaler leurs connaissances, nous partager leur questionnement et leur façon bien particulière de s’expliquer la réalité et le Nord. Il fut intéressant de constater à quel point chaque réalisation était empreinte d’un bagage culturel important. Chaque œuvre étant à la fois personnelle et sensible à une réalité particulière.
Les enfants ont poursuivi leur apprentissage technique tout au long de l’année en travaillant avec de l’argile et du plâtre pour réaliser des sculptures contemporaines, et en développant les techniques du vitrail et du pochoir. Ces séances devenant un fabuleux prétexte pour aborder l’évolution, le mouvement et le caractère cyclique de l’astre à l’honneur.
Comme le projet SOLEIL tenait aussi et surtout sa particularité du fait qu’il était un échange entre un groupe de jeunes Français et le nôtre, les enfants d’Iqaluit ont été initiés à l’œuvre du peintre Vincent Van Gogh et au mouvement impressionniste. C’est le moyen que nous avons privilégié pour nous immiscer dans l’univers culturel et artistique de nos correspondants de Paris et ce, sans quitter le thème à l’honneur.
Le projet SOLEIL, à Paris
En France, un groupe d’irréductibles, non seulement Gaulois, mais surtout gamins, s’est prêté au même exercice que nous, c’est-à-dire aborder le thème du soleil à travers différentes techniques artistiques. Les jeunes d’Iqaluit ont entretenu avec ces derniers une correspondance, disons irrégulière, mais à travers laquelle des questionnements intéressants sont ressortis. « Que faites-vous au projet SOLEIL vous autres? », leur demandaient les jeunes Nunavois.
« La semaine dernière, nous avons photographié les fruits du soleil sur le marché : les oranges, les ananas, les fraises...et la semaine prochaine nous allons faire des collages avec les photos. Et vous que faites-vous? (…) Nous nous demandons si vous habitez dans des igloos et s’il ne fait pas trop froid chez vous… », nous répondait le groupe de Paris.
« Des igloos ?! Noooon !!! », rigolèrent nos sept joyeux lurons.
Bien que le thème du soleil fut commun aux deux groupes de jeunes, la façon de l’exploiter, elle, fut nettement différente. Alors que la nuit polaire devenait un incontournable pour des jeunes de l’Arctique s’intéressant au soleil sous toutes ses formes, il n’en allait pas de soi pour le groupe du vieux continent. Ces derniers, pouvant profiter plus facilement des grandes expositions, ont travaillé sur l’Égypte et plus particulièrement sur le pharaon Akhénaton, en visitant l’exposition en place au Musée du Louvre. Ils ont consacré toute une séance au coq, cet emblème français chantant et louant le soleil à chaque lever. Ils ont aussi
« rencontré » le peintre italien Arcimboldo et peint, à sa manière, des visages faits d’une variété intéressante de fruits et de légumes.
Le groupe de Paris était composé d’enfants âgés de 6 à 8 ans, et ces petits Français, réunis par l’Association VSART (Volontariat et Soutien par l’Art), étaient issus de milieux défavorisés de Paris. Cet échange culturel aura permis de rapprocher deux réalités dans un projet d’expositions communes.