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S.O.S. Holman
Julie Plourde
Photo : Julie Plourde
Depuis deux ans, l'atelier de gravure de Holman a stoppé les machines... Pour les artistes, il s'agit de la fin d'une époque.
Un enfant accroché à son sein, les deux autres devant la télé, Roberta Memogana éteint sa cigarette en jetant un regard sur la table de la cuisine. Éparses, ses gravures au pochoir illustrent quelques épisodes de la vie de Holman, sa communauté de l’île Victoria dans les Territoires du Nord-Ouest, qu’elle a quittée depuis peu pour Yellowknife. La lumière du jour brille sur les pochoirs illustrant un bœuf musqué et un enfant inuit emmitouflé dans son parka. L’artiste de 31 ans a l’habitude d’étaler ses œuvres sur cette table, dans l’espoir qu’un visiteur curieux voudra bien débourser une bonne somme pour se les procurer. Roberta vit de son art et elle s’autoproduit. Il fut pourtant un temps, quand elle vivait sur les rives de la mer de Beaufort, où c’était la Holman Eskimo Co-operative, plus communément appelée la « coop », qui chapeautait le travail des graveurs de la communauté de 470 âmes. Depuis deux ans, la coopérative ne produit plus de gravures, faute d’argent. En contrepartie, les artistes, comme Roberta, ont transformé leur maison en atelier.
En mai et novembre 2000, la conservatrice de l’art inuit du Musée des beaux-arts de Winnipeg, Darlene Coward Wight, se rend à Holman rencontrer les artistes dont le musée reçoit les œuvres depuis 1965. Lors de ses visites, l’atelier de gravure de la « coop » éprouvait de sérieux problèmes financiers. Aujourd’hui fermé, il n’y a plus d’endroit pour exposer les dessins et les vendre aux touristes. Tout le réseau de distribution, administré par le groupe Arctic Co-operatives Ltd, est désormais hors de portée pour la douzaine d’artistes inuvialuit. La conservatrice, qui a mis sur pied l’exposition Holman : quarante ans d’art graphique et un catalogue, a fortement ressenti l’onde de choc traverser la localité isolée dans l’Arctique. « C’était très déprimant quand je travaillais sur l’exposition. Holman est une communauté très artistique. Les gravures sont hautement narratives. Les artistes ont un très haut niveau d’habileté avec la technique du pochoir, ce qui est captivant. »
Holman avait pourtant accès à un important marché avant la fermeture de l’atelier. Près d’une trentaine de galeries dispersées au Canada, aux États-Unis et en Europe assuraient le gagne-pain quotidien d’une communauté qui tire sa subsistance de la chasse au béluga, au phoque et au bœuf musqué, de la pêche et de l’artisanat. Le problème, selon Glenn Wadsworth, gérant de la galerie Northern Images de Yellowknife, était la longue période entre l’achat du dessin par la coopérative et sa vente sur le marché. « En moyenne, il fallait deux ans avant de toucher un profit sur la vente. Pour une entreprise, c’est un très long temps d’attente. » La coopérative devait également former les artistes à la technique du pochoir. Le vendeur, de son côté, pouvait mettre d’un à trois mois avant de payer l’entreprise communautaire.