Le ski cerf-volant au Groenland



Sarah McNair-Landry
Photo : Eric McNair-Landry
 
Le moteur de l’avion assourdit notre conversation. Mon père, Paul Landry, un des membres de son expédition, David de Rothschild, mon frère, Éric McNair-Landry et moi, Sarah, sommes en route pour le Chili après trois mois passés en Antarctique. Très excités, nous parlons de plus en plus fort et de plus en plus vite. Nous n’avons même pas pris notre première douche et nous planifions notre prochaine expédition. Fous, non ?

Paul et David ont traversé le continent de l’Antarctique. De la banquise Ross Ice Shelf, côté Nouvelle-Zélande, ils se sont rendus jusqu’au pôle Sud à skis. Ensuite, avec leurs cerfs-volants de puissance, ils ont fait du ski cerf-volant jusqu'à la banquise Ronne Ice Shelf, côté Amérique du Sud.

Éric et moi avons fait un voyage semblable. Nous sommes partis de la banquise Ronne Ice Shelf et avons fait du ski jusqu’au pôle Sud. Nous aussi, nous sommes retournés à notre point de départ avec nos cerfs-volants. Non seulement sommes-nous les plus jeunes à avoir atteint le pôle Sud, mais nous avons enlevé le record du retour le plus rapide, 1 200 kilomètres en seulement 17 jours !
Avant que l’avion n’atteigne le Chili, la décision est prise. Nous partirons pour le Groenland en mai / juin pour une expédition de ski cerf-volant. Notre but : traverser la calotte glacière, une distance de 600 kilomètres ; et non pas une fois, mais deux fois. Nous voulons aussi essayer de battre le record mondial pour la traversée la plus rapide – huit jours. Évidemment, nous voulons également nous amuser.

La préparation

La première partie de chaque expédition se passe devant l’ordinateur. Il y a toujours des questions d’argent, de commanditaires, de logistique, de transport, de permis et d’assurances, de communications et de site Web, de nourriture et d’équipement, etc. Mais, pour nous, la décision la plus importante est le choix de nos cerfs-volants. Nous établissons notre critère – choisir les meilleures voiles au monde pour le ski cerf-volant. Quatre manufacturiers se trouvent sur notre liste. Après plusieurs discussions, nous décidons que chaque membre représentera un de ces manufacturiers en utilisant des voiles de différentes tailles.

Éric choisit Concept Air, manufacturier canadien. (2.0 First, 3.5 Freestyle, 5.0 Leader, 7.0 Leader, 11.0 Freestyle)

David choisit Ozone, manufacturier français. (3.0 Frenzy, 5.0 Frenzy, 7.0 Frenzy, 10.0 Frenzy, 14.0 Frenzy)

Paul choisit Flexifoil, manufacturier anglais. (2.5 Bullet, 3.5 Bullet, 4.9 Blade, 6.6 Blade, 8.5 Blade, 10.5 Blade)
Moi je choisis Fly Surfer, manufacturier allemand. (2.0 Rookie, 4.5 Extacy, 7.0 Extacy, 10.0 Speed, 13.0 Psycho, 17.0 Psycho)

Le Groenland

L’hélicoptère disparaît dans le ciel. Le bruit du moteur diminue et est finalement remplacé par un silence, un silence total. Nous sommes finalement arrivés sur la calotte glacière du Groenland. La température est superbe – on se promène en short et t-shirt. Nous avons vingt-deux voiles et assez d’équipement et de nourriture pour un mois. Yahoo !... On va bien s’amuser !

Dès le premier soir, le vent commence à souffler, mais de la mauvaise direction. L’un après l’autre, chaque membre de l’équipe sort de son sac de couchage et se prépare pour une session de ski cerf-volant . Il ne faut pas oublier qu’il y a vingt-quatre heures de clarté ici. En peu de temps, quatre voiles de différentes couleurs couvrent le ciel. On s’amuse toute la nuit avec nos voiles, tout en appréciant une vue magnifique : d’un côté, la calotte glacière s’étalant à perte de vue, de l’autre, les glaciers coulant autour des montagnes jusqu’à la mer, où des blocs énorme se détachent et forment des icebergs gigantesques.

Quelques jours se passent à attendre que le vent change de direction. Finalement, le troisième jour, nous avons un bon vent du nord. Excités de partir, nous mangeons à toute vitesse, démontons la tente et préparons nos voiles. Ça y est ! Le 20 mai à 14h00 nous sommes en route pour la côte ouest du Groenland. À partir de ce moment, nous avons huit jours pour battre le record.

Satisfaction et déception

Deux heures après notre départ, le vent tombe. Avec le vent, le moral tombe aussi. Pas de vent, pas de ski cerf-volant. Sans dire un mot, nous changeons de bottes pour continuer en skis de fond à une vitesse d’escargot. Après quatre heures de ski, le vent nous retrouve et demeure avec nous pendant six heures. Nous couvrons une distance de 101 kilomètres. Le moral remonte. Épuisés mais très satisfaits de notre première journée, nous prenons un bon repas avant de nous coucher.

Après quelques heures de sommeil, David nous annonce que le vent vient du nord et souffle à 20 kilomètres heure. Wow ! Nous déjeunons et nous partons. Treize heures et une distance incroyable de 162 kilomètres plus tard, le vent disparaît et nous laisse dans de la neige poudreuse. Presque à mi-chemin après seulement deux jours du départ, le moral est très haut. Pour célébrer, on sort les gâteries : du chocolat et du whisky.
Deux jours plus tard, sans aucun signe de vent, le moral est bas et continue à baisser à chaque heure qui passe. Toutes les deux heures, nous sortons à tour de rôle de la tente pour vérifier le vent... Rien ! Nous attendons en essayant de passer le temps du mieux possible - jeux de cartes, lecture, discussion, sommeil, jeux de cartes, discussion, etc. Et quelques heures de ski chaque jour.

Ce projet a été rendu possible grâce à une contribution financière du programme Francommunautés virtuelles d'Industrie Canada.

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