Vous êtes ici : Accueil » Archives » Hiver 2002 : Volume 1 no 3 » Le caribou
Le caribou
Mathieu Dumond
Photo : Mathieu Dumond
Lorsque les premiers explorateurs français arrivèrent dans ce qui allait devenir les provinces maritimes du Canada, ils transformèrent le mot micmac xalibu en caribou pour nommer ces animaux qui peuplaient alors aussi le sud du pays.
Le caribou (Rangifer tarandus), tuktu en inuktitut, est au centre de la vie de bien des résidents nordiques. Son sang, sa viande et son contenu stomacal apportent les nutriments nécessaires à une alimentation équilibrée aussi bien pour la faune que pour les humains. Ses bois, ses os et ses tendons sont façonnés en outils, ornements ou armes. On ne peut pas parler du Nord sans s’attarder sur le caribou.
Taxonomie et répartition
Le caribou est un ongulé de taille moyenne appartenant à la même famille que le cerf et l’orignal. Sa distribution est très vaste, car l’espèce regroupe également le renne d’Eurasie. C’est un occupant typique des régions au climat nordique. Au Canada, on trouve le caribou des bois (Rangifer tarandus caribou) essentiellement dans la forêt boréale, le caribou de Grant (Rangifer tarandus dawsoni) au nord-ouest du Yukon et en Alaska, le caribou de la toundra (Rangifer tarandus groenlandicus) et le caribou de Peary (Rangifer tarandus pearyi) dans les îles du haut Arctique. On estime le nombre total de caribous de la toundra à un peu plus d’un million d’individus (Territoires du Nord-Ouest et Nunavut confondus).
Au Nunavut, on distingue deux sous-espèces : le caribou de la toundra (tuktuvialuk) et le caribou de Peary (tuktuaraaluk). Les caribous présents sur les îles du sud de l’Arctique (île Victoria, île du Roi William et péninsule de Booth) ont un statut ambigu et leur classification n’est pas encore claire. Le caribou de la toundra est subdivisé par troupeaux. Sur la partie continentale du Nunavut, les principaux troupeaux sont ceux de Bluenose, Bathurst, Beverly, Qaminnurjuaq et Wager Bay.
Description générale
Le caribou a de grandes jambes terminées par de larges sabots permettant une meilleure portance sur la neige. Sa robe varie selon les saisons, allant généralement d’un gris très pâle à un brun foncé. Le pelage aux poils tubulaires s’est adapté pour réduire les pertes de chaleur en hiver. Le caribou, de même que le renne, est la seule espèce parmi les cervidés dont le mâle, comme la femelle, portent des bois. Le caribou est aussi l’espèce qui possède le plus grand panache, proportionnellement à sa taille.
Les mâles mesurent environ 110 centimètres au garrot et pèsent 140 kilos en moyenne. Les femelles sont plus petites et pèsent environ 90 kilos. La masse de chaque individu varie selon les saisons en fonction de l’activité et des ressources alimentaires.
Le caribou de Peary est plus petit et son poids correspond à environ la moitié de celui du caribou de la toundra. On le reconnaît aussi à sa tête plus courte.
Le caribou de Peary, menacé d’extinction
Le caribou de Peary, qui occupe les îles du haut Arctique, est une sous-espèce en danger d’extinction. Dans la partie ouest de son aire de répartition, on a documenté un déclin de 95 % de la population entre 1961 et 1987 (24 000 à 1 100 individus). On suppose également un déclin dans l’est du haut Arctique quoiqu’il n’y ait pas de données précises à ce sujet.
Il ne resterait actuellement qu’environ 3 000 caribous de Peary, pour un potentiel d’environ 30 000 individus dans des conditions optimales. Même si ce déclin semble être dû à des conditions hivernales exceptionnellement sévères, la bonne gestion des activités humaines dans le haut Arctique sera cruciale pour préserver cette sous-espèce.
Il existe aussi, dans le sud de l’archipel arctique, plusieurs troupeaux dont la taxonomie n’est pas claire. Ces troupeaux représentent environ 35 000 individus.
En route pour donner la vie
Vers mars ou avril, les caribous quittent leurs aires d’hivernage et débutent leur migration vers le nord. Les individus isolés et les petits groupes se rejoignent peu à peu pour former d’immenses troupeaux convergeant vers les aires de mise bas. Sur des distances allant jusqu’à 700 kilomètres, les femelles gravides (kulavak) mènent la marche, pressées par la nécessité de donner la vie. Rien ne peut les arrêter.
Une fois arrivées dans les zones de mise bas, les caribous se dispersent en petits groupes. Les petits (généralement un ou deux par femelle) naissent durant les deux premières semaines de juin, lorsque la température se situe autour du point de congélation.
Les jeunes doivent grandir rapidement afin d’échapper aux prédateurs tels que le loup (Canis lupus, voir numéro précédent du Toit du Monde). Quelques minutes après sa naissance, le faon (nuqaq) peut se tenir debout et, au bout d’une heure, il peut suivre sa mère. Il ne faudra que quelques jours pour qu’il puisse galoper plus vite qu’un humain. Néanmoins, les chances de survie des faons sont faibles (20 % à 40 %).
Après la mise bas, lorsque l’été débute, les femelles et leurs petits (nuqariik) commencent doucement leur retour vers les aires d’hivernage. En route, les femelles rencontrent les mâles (angusaluq) dont la migration vers le nord est plus lente. Les caribous forment alors d’immenses agrégations essayant de se protéger de l’attaque incessante des moustiques et autres insectes parasites. Ces groupes peuvent atteindre plusieurs dizaines de milliers d’individus.
Ensuite, les insectes piqueurs sont moins nombreux et la végétation offre une nourriture riche et abondante. En août et septembre, les caribous se dispersent en petits groupes qui convergeront plus tard vers le sud. Le rut se déroule en octobre, lorsque les mâles matures (pangniraluk) sont à leur meilleur. Leurs bois sont entièrement poussés et durcis, leur nouveau pelage est à son plus beau. Pendant deux à trois semaines, les mâles s’affrontent pour l’accès aux femelles. À la fin de la période d’accouplement, les caribous ont rejoint leurs aires d’hivernage. Sur la partie continentale du Nunavut, ces aires d’hivernage sont généralement au-dessous de la limite des arbres, bien qu’un certain nombre d’individus hivernent dans la toundra. Après sept mois et demi de gestation, les femelles fécondées donneront de nouveau naissance à un ou deux faons sur les hauts plateaux des aires de mise bas.
Cette description du cycle de vie des caribous correspond essentiellement aux comportements observés sur la partie continentale du Nunavut. Dans l’archipel arctique (y compris l’île de Baffin), les migrations sont moins nettes et l’agrégation en grands troupeaux est rare, mais il y a néanmoins des mouvements de populations en fonction des saisons et des années.