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S'adapter aux changements climatiques à défaut de les stopper
Denise Proulx
Photo : Nunavut Tourism
Les participants au Sommet de la Terre de Johannesburg ont montré peu de sensibilité face aux conséquences des changements climatiques sur la vie des habitants et des écosystèmes du Grand Nord. Qu’elle le veuille ou non, la population du Nunavut doit maintenant planifier son adaptation.
« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs », a lancé avec force Jacques Chirac, le président de la France, devant l’assemblée des chefs d’État présents au Sommet mondial du développement durable (SMDD) à Johannesburg en Afrique du Sud, le 2 septembre dernier, avant d’appeler les nations du monde, les pays industrialisés en tête, à ratifier et à appliquer le protocole de Kyoto.
Malgré cet appel à un engagement responsable, le plan de mise en œuvre des résultats du SMDD contient peu d’actions concrètes pour contrer les changements climatiques. On n’y retrouve aucun objectif chiffré et daté pour l’introduction d’énergies renouvelables dans le portefeuille énergétique des pays. Tout au mieux, les chefs d’État se sont entendus « pour améliorer les technologies et les méthodologies pour l’évaluation des effets des changements climatiques et pour encourager la diffusion et l’utilisation des connaissances indigènes traditionnelles pour mitiger les impacts. »
Dans un paragraphe supplémentaire, les gouvernements de la planète sont invités à supporter les initiatives du Conseil de l’Arctique pour évaluer les impacts environnementaux, économiques et sociaux qu’entraînent les changements climatiques.
La délégation des États-Unis, fortement appuyée par celles du Canada, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande et du Japon, s’est fermement opposée, tout au long du Sommet de la Terre, à la proposition du Brésil de fixer à 10 % d’ici 2010 le pourcentage d’énergie devant être produite par des sources non polluantes. Ces mêmes pays ont, par la suite, trimé dur pour éviter toute référence au protocole de Kyoto dans le texte final de la Déclaration politique de Johannesburg.
La forte réputation environnementale du Canada, développée à la suite de son leadership au Sommet de la Terre de 1992 à Rio de Janeiro, en a pris tout un coup. Le 29 août dernier, dès son arrivée à Johannesburg, le ministre de l’Environnement, David Anderson, jetait une douche froide aux membres de sa délégation en laissant entendre que le Canada « pourrait refuser de signer » la Déclaration politique de Johannesburg si toute référence au protocole de Kyoto y apparaissait. Il considérait que le Sommet de Johannesburg n’était pas la tribune adéquate pour aborder cette question cruciale. Il balayait ainsi du revers de la main l’assurance que le gouvernement canadien avait donné par écrit le 24 mai 2002 aux représentants de la Conférence circumpolaire inuite que « les dimensions du Nord seront bien reflétées dans nos positions au Sommet mondial du développement durable ». Le lendemain, 30 août, c’est avec mépris que le ministre Anderson rejetait les résultats d’un sondage national affirmant que 74% des Canadiens sont en faveur de la ratification du protocole de Kyoto, qualifiant cette donnée comme la conséquence d’un mauvais travail de diffusion de l’information fait par les médias du pays…
On connaît la suite. Le 2 septembre dernier, le premier ministre Jean Chrétien dissipait les doutes en déclarant publiquement à Johannesburg que le gouvernement canadien demanderait aux députés de la Chambre des Communes, avant la fin de l’année 2002, de voter sur la ratification du Protocole de Kyoto. Mais le mal était fait. Le protocole de Kyoto a été tenu à l’écart des discussions le plus souvent possible.
Sheila Watt-Cloutier, membre active de la Conférence circumpolaire inuite et de la délégation canadienne qui s’est rendue à Johannesburg, ne cache pas sa désillusion face à cette attitude politique, d’un pas en avant par le Premier ministre, d’un pas en arrière par son ministre de l’Environnement. « Johannesburg fut une grande déception et nous causa de profondes frustrations. Nous n’avions pas le droit de parole aux rencontres des délégations pour faire valoir la gravité de la situation, telle que nous la vivons au Nunavut. Il y a eu quelques délégués qui ont tenté de passer nos préoccupations, mais la majorité n’en a pas tenu compte », a-t-elle constaté avec regret.