Le magnifique secret du Nunavik



Nicole Pons
Photo : Nicole Pons
 
À perte d’horizon, des dizaines d’îles aux collines arrondies somnolent sur une eau d’un bleu limpide. Dans ce pays de démesure, l’homme se fait humble devant une nature grandiose. Ici, au nord du 56e parallèle, le climat règne en maître absolu et tout peut devenir extrême. Situé dans le nord du Québec, se cache un site exceptionnel, difficile d’accès, peu connu sauf de quelques scientifiques et chasseurs de caribous : le lac à L’Eau-Claire, joyau du Nunavik, avec ses deux cratères de météorite. Partir en petit groupe, avec des guides, à la découverte de cet espace de liberté, c’est un peu retrouver une âme d’explorateur avec la sécurité en prime. Dépaysement garanti!

L’appel du Nord! Pour la fille du Sud que je suis, cette attirance me tient depuis longtemps, puissante comme un aimant. C’est donc avec beaucoup d’excitation que j’entame ce voyage en cette mi-août. Par la route, trois jours de trajet sont nécessaires depuis Montréal, pour se rendre à une pourvoirie située au km 358 sur la Transtaïga, d’où nous prendrons l’hydravion pour le lac. Un sas de décompression permettant de passer du monde agité de la ville à ce lieu de ressourcement absolu qui nous attend dans le Nord du Québec.

Dans le minibus qui nous emmène le long des 617 km de la route de la Baie James, l’échelle est donnée. Avec les grandioses rivières Broadback, Rupert, Eastmain, bienvenue au pays des géants! Mes compagnons d’aventures sont d’authentiques amoureux du Nord : Richard Perron, organisateur de l’expédition, Sarah Kenny, leurs deux filles Mélinda et Sophie-Danièle, Marie-Josée Vasseur, Jennifer Girard, Mathieu Dupuis, et nos guides, François Guillot et Régis Fournier. Marie-Anne Vanoppre de la pourvoirie, nous rejoindra plus tard.

Leçon d’humilité

Après la route en gravier de la Transtaïga, nous voilà au réservoir LG4, sous des trombes d’eau et des rafales de vent, à attendre une accalmie pour décoller. Il faudra trois hydravions pour nous, nos affaires et du matériel destiné au camp du lac à L’Eau-Claire. Il s’agit, en fait, d’un camp de pourvoirie bâti en 1999 pour la chasse aux caribous et la pêche. Le bâtiment est situé à 300 km plus au nord, à la limite entre la taïga et la toundra forestière. Tout le matériel a été passé au peigne fin par nos guides : nourriture, trousses de premiers soins, équipement pour les activités et le camping. Régis et François nous ont interrogés sur nos antécédents médicaux. Qu’on se le dise : nous partons en expédition loin de tout. Seul l’hydravion nous reliera au reste du monde.

Le ciel est bas. Pendant le vol, Luc, qui pilote le Beaver dans lequel je me trouve, doit se poser sur un lac et attendre plus de deux heures une éclaircie. Au nord, la nature décide, l’homme s’incline. Belle leçon d’humilité! Nous survolons à perte de vue un paysage vallonné avec des myriades de lacs entourés d’un tapis de lichen blanc, sur lequel contrastent les cônes vert sombre des sapins baumiers. Le lichen, nourriture préférée des caribous dont le troupeau de la Rivière-aux-Feuilles qui, descendant plus au sud pour l’hiver, migre par ici à l’automne.

Estimée à 300 000 bêtes au moins, c’est la plus grosse harde au monde, avec celle de la Rivière George. Dans cette région du Nunavik couvrant un tiers de la surface du Québec, soit 500 164 km2, 9 000 Inuits sont éparpillés dans 15 villages, le long des côtes de la Baie d’Hudson et de la Baie d’Ungava. Ils ne manquent pas d’espace!

Le soir, blottie au fond de mon sac de couchage, je me demande si je rêve. Nous sommes sur la bordure ouest du lac, au milieu d’un dédale d’îles au relief assez prononcé, les plus hautes atteignant 400 mètres, suffisamment rapprochées pour former des fjords. Le camp est très confortable, avec trois chalets dont un pour la cuisine. Celui des chambres est équipé de douches chaudes. Incroyable! À la nuit tombée, une louve et ses petits viennent nous rendre visite devant le chalet. Par la fenêtre, je les observe en tête-à-tête, à la lumière de la lune. Instants magiques.
Un cratère de météorite

Au réveil, le temps est toujours gris. Le vent souffle très fort et la température avoisine les 10°C. Il faudra attendre le soleil pour saisir toute la magnificence du paysage et partir en kayak sur le lac. Au nord du 56e parallèle, les prévisions météo sont incertaines. Après un copieux déjeuner de crêpes aux bleuets, nous grimpons sur la colline derrière le camp pour explorer notre île. L’air est vif, d’une pureté inouïe. En haut, le paysage du deuxième plus grand lac naturel au Québec s’offre dans son ampleur. Grandiose.

Le lac à L’Eau-Claire – Qasigialik en inuktitut – possède deux immenses cratères de 32 km et 22 km de diamètre, attribuables à l’impact d’une météorite, tombée il y a 287 millions d’années, et qui se serait cassée en deux, selon les hypothèses. Des eaux d’une limpidité exceptionnelle se déversent, par la rivière du même nom, dans le lac Guillaume-Delisle, puis dans la Baie d’Hudson, 100 km plus à l’ouest. Roches de granit, traînées morainiques, réseau de fractures créant un relief morcelé autour des deux bassins qui couvrent 1 211 km2, anneau concentrique d’îles au centre du cratère ouest, cônes de percussion, centaines d’îles qu’on croirait saupoudrées par une main céleste, le site a de quoi intéresser les géologues! Pas que les géologues d’ailleurs. En effet, un projet est actuellement à l’étude pour créer un parc national du Québec dans la région : le Parc national des lacs Guillaume-Delisle et à L’Eau-Claire. C’est dire! Une entente a d’ailleurs été signée en avril dernier avec les Inuits. Le projet serait développé d’ici cinq ans.

Nous progressons au milieu de la toundra forestière, dominée par les bouleaux nains et clairsemée d’épinettes noires. Le lichen forme un épais tapis blanc qu’il faut éviter de piétiner. Symbiose entre une algue et un champignon, flottant sur le sol, il se nourrit de l’air ambiant – dont la pureté est primordiale à sa survie – et ne pousse qu’au rythme de 0,1 à 0,3 mm par an. Nous observons plusieurs crottes de loups et un beau lagopède des saules avec son plumage d’été, caché dans une épinette. Les milliers de caribous qui ont migré par là ont tracé de véritables autoroutes, raclant tout sur leur passage, un bourbier dans lequel nous pataugeons.

Ce projet a été rendu possible grâce à une contribution financière du programme Francommunautés virtuelles d'Industrie Canada.

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