Le sort des inuits analysé lors de la dernière assemblée de la Conférence circumpolaire inuite

Homme sur sa moto

Julie Bourbonnière
Photo : Nunavut Tourism
 
Réchauffement planétaire, droits humains, langage unique, commerce et communications étaient au menu de la 9e Conférence circumpolaire inuite, du 11 au 16 août dernier, dans le village nordique de Kuujjuaq, où près de 700 délégués du Canada, des États-Unis (Alaska), de la Russie et du Groenland (Danemark) se sont rassemblés dans le but de promouvoir l’unité du monde arctique. 

Dans le contexte de globalisation, deux dirigeantes de la région circumpolaire canadienne reconnaissent que les Inuits se trouvent maintenant dans une situation critique et sonnent l’alarme. Elles sont d’avis qu’on se doit de trouver des solutions aux problèmes sociaux, économiques et environnementaux qui accablent les Inuits canadiens.

La Conférence circumpolaire inuite (CCI), fondée en 1977, et qui représente actuellement 150 000 personnes à la grandeur de l’Arctique, détient un siège à l’ONU où elle travaille depuis 4 ans à faire valoir les revendications des Inuits auprès des délégués internationaux.

La nouvelle présidente de la CCI et présidente sortante de la branche canadienne, Sheila Watt-Cloutier, indique qu’elle fait face à de nouveaux défis puisqu’elle doit maintenant représenter 4 pays et non simplement le Canada.

Le Canada a toujours joué un rôle central dans la Conférence, indique-t-elle, « spécialement cette année, puisque l’organisation de la conférence 2002 a demandé beaucoup d’efforts de la part de tous les membres et délégués, afin que l’événement soit un grand succès. »
Depuis longtemps, le Canada joue un rôle de leader dans le dossier des changements climatiques et de l’environnement au travers du Conseil de l’Arctique, du Programme nordique des polluants (NCP) et de celui des Polluants organiques persistants (POPs).

Bouleversements climatiques inquiétants

Mme Watt-Cloutier explique que « les changements climatiques nous affectent plus qu’ailleurs, le Nord étant « l’indicateur maison » du monde, de ce qui se passe au niveau écologique, des tendances environnementales et climatiques du futur. »

Ainsi, les toxines produites dans les régions méridionales (sud) du monde arriveraient dans l’Arctique par les vents, les courants marins, les nuages et la condensation. Les polluants apparaissent très concentrés dans l’Arctique, qui est en quelque sorte « l’évier du monde ».

De l’avis d’experts et d’intervenants au Nunavut, les habitudes alimentaires des Inuits sont bouleversées puisque les aliments et les animaux marins qu’ils ingèrent sont bourrés de toxines. On retrouve des degrés de concentration très élevés dans les tissus adipeux des mammifères marins qui sont traditionnellement chassés par les Inuits du Grand Nord.

Mme Watt-Cloutier est très préoccupée par les changements climatiques et les dangers que causent les entrées de polluants dans l’organisme. « Les problèmes environnementaux deviennent maintenant des questions de santé publique, puisque la chaîne alimentaire, dont fait partie l’Homme, est atteinte. Nous transmettons les toxines dans le lait maternel et nous risquons ainsi de contaminer les nouveau-nés. »
Indiquant que les Inuits sont susceptibles d’être affectés de manière négative et disproportionnée comparativement à tout autre peuple vivant au Sud, Mme Watt-Cloutier décrit, que « notre mode de vie dépend essentiellement de la qualité de la neige et de la glace. L’ensemble de nos activités quotidiennes tourne autour de la formation et de la fonte des glaces. Nous sommes liés à la condition des animaux et nous dépendons d’eux pour survivre. Nous vivons en harmonie avec l’environnement depuis des millénaires, nous avons donc la responsabilité d’agir. »

Chaque année, la glace est de plus en plus mince et fragile. L’instabilité des glaciers pose de graves dangers pour les chasseurs et les pêcheurs.

Les régions australes du globe accueillent les effets du réchauffement de la planète beaucoup plus positivement que dans les régions nordiques. Les Inuits, eux, prient chaque automne pour que la neige et le froid arrivent parce qu’ils passent leur vie à l’extérieur et qu’ils dépendent du climat pour tout.

Très attachée aux traditions inuites et au mode de vie ancestral, Mme Watt-Cloutier raconte que « les Inuits sont les gardiens naturels de la nature et de l’environnement. C’est notre rôle de rester à l’écoute du milieu et de travailler à le protéger. »

Nouveau poste, nouveau défi

La nouvelle présidente de la CCI s’est donnée de grands objectifs. « Au cours des quatre prochaines années, je veux donner à la population inuite un visage, afin d’obtenir plus de reconnaissance et de visibilité pour que notre cause et nos préoccupations soient entendues. »
Une des grandes priorités sera donc d’obtenir la signature du Protocole de Kyoto par tous les pays, puisque c’est le seul instrument à portée globale qui soit réellement envisageable.

Sheila Watt-Cloutier signale « qu’il y a urgence et qu’il nous faut agir rapidement. Nous n’avons pas les moyens d’attendre que le Sud signe le Protocole avant de passer à l’action. Il faut faire pression sur nos gouvernements. Et sur ce point, nous ne sommes pas convaincus que le Canada ira de l’avant avec la signature promise récemment. »

Ce projet a été rendu possible grâce à une contribution financière du programme Francommunautés virtuelles d'Industrie Canada.

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