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La biodiversité du Nunavik : un joyau à protéger
Isabelle Dubois
Photo : Isabelle Dubois
Hôte d'une biodiversité sans pareille, le Nunavik fait présentement l'objet d'études en vue de la création de nouvelles aires protégées au Québec. Véritable terrain de jeu pour les amateurs de plein air, l'immense territoire abritera donc bientôt une collection exceptionnelle de parcs nationaux ; une appellation qui pourrait en faire une destination éco-touristique des plus prisées.
En juin 2000, le gouvernement du Québec s'engageait à développer son réseau d'aires protégées, qui ne représentait alors que 2,91% de son territoire. Bien que d'une superficie totale de 48 536 km2, soit 100 fois la taille de l'île de Montréal, en termes de pourcentage de territoires protégés, le Québec se situait à un niveau nettement inférieur à la moyenne mondiale, qui est de l'ordre de 9%. En juillet 2002, un plan d'actions stratégiques à ce sujet était donc présenté, ayant comme objectif de tripler la superficie de son réseau d'aires protégées, et ce, d'ici la fin de 2005.
Avec un tel objectif à atteindre, le Nunavik, qui couvre à lui seul une superficie de plus de 550 000 km2 à l'intérieur de la province, était l'endroit rêvé pour faire monter le niveau. On comprendra donc pourquoi, dans le cadre de cette stratégie gouvernementale, on annonce tout à coup la création prochaine de cinq parcs dans la région nordique. À titre d'exemple, l'un de ces projets de parc engloberait les lacs Guillaume-Delisle et à l'Eau-Claire et pourrait bientôt devenir le plus grand parc du Québec, avec une superficie potentielle de plus de 7 360 km2.
Bien sûr, la question de la superficie n'est pas la seule raison d'être de cet engouement soudain pour le Nunavik lorsqu'il s'agit d'y créer des parcs. Le désir de protéger ces terres ancestrales sous la tutelle de parcs ne date pas d'hier. De grandes portions de territoire avaient préalablement été mises en réserves il y a de cela plus de dix ans, en vertu de leur représentativité ou, en d'autres mots, leur capacité à exprimer globalement la diversité biologique de cette partie du Québec.
En effet, même si ces parcs seront créés par le gouvernement provincial, on veut être en mesure de les consacrer « parcs nationaux » à même le Québec. Cette appellation est un élément-clé de la stratégie gouvernementale en matière d'aires protégées. La notoriété rattachée aux parcs nationaux leur permettant d'attirer l'attention bien au-delà de la frontière du territoire québécois.
Pour ce faire, il fallait donc trouver des endroits dignes de ce nom, répondant aux critères fixés par l'Union mondiale pour la nature (UICN). Le statut de parc national étant accordé tant pour des raisons de protection et de conservation que de mise en valeur. Il fallait donc trouver des lieux comportant des caractéristiques représentatives de leurs régions naturelles respectives afin de les protéger, mais aussi des éléments exceptionnels pouvant mettre en valeur cette même région. Avec un territoire aux attraits multiples comme le Nunavik, rien n'était plus simple...
Un cratère qui fait tourner les têtes
Par exemple, si l'on prend le parc des Pingualuit, dont le Premier ministre du Québec, Jean Charest, a annoncé la création officielle lors d'une visite au Nunavik en septembre 2003, il n'est pas difficile de deviner ce qui le rend exceptionnel si l'on sait qu'il abrite le fameux cratère du Nouveau-Québec. Située dans la région naturelle du plateau de l'Ungava, la concavité d'origine météoritique vient certainement mettre celle-ci en valeur. Du reste, le haut plateau sur lequel l'impact a laissé sa marque – composé de l'habituelle toundra, mais aussi de champs de pierres et de vallées ayant subi des glissements de terrain suite au passage des glaciers – est aussi très représentatif de ce coin de pays. Les deux critères étant dûment remplis, cette portion de territoire représente un morceau de choix au menu prévu par le gouvernement du Québec en matière d'aires à protéger.
En effet, le portrait du Nunavik ne serait pas complet sans cet illustre cratère que les Inuits appellent, dans leur langue à eux, Pingualuit. Le mot pourrait se traduire par « gros boutons cutanés », un pseudonyme qui ne rend certes pas justice à la beauté insolite de ce joyau dont la nature nous a fait cadeau.
Situé à une centaine de kilomètres au sud-ouest du village de Kangiqsujuaq, cet immense trou rempli d’eau claire, d’un diamètre d’environ 3,4 kilomètres et d’une profondeur de 267 mètres, a vu le jour il y a de cela plus de 1,3 million d’années sous l’impact d’une gigantesque météorite. Bien que ce laps de temps représente une éternité pour le commun des mortels, le cratère qui en résulte est tout de même l'un des plus jeunes et des mieux conservés au monde. Sans compter que ce lac pratiquement circulaire est abreuvé d'eaux exceptionnellement pures.
Unique au monde, cette merveille vaut à elle seule le déplacement pour qui peut se permettre une visite à tire d'aile. Premier parc national du Québec à être créé au Nunavik, on verra probablement bientôt pousser dans cette aire protégée, d'une superficie de 1 146 km2, quelques refuges le long d'un sentier de plusieurs milles qui pourrait devenir un défi intéressant pour les randonneurs qui oseront y user leurs souliers. Nul doute qu’au long d’un tel pèlerinage, on aurait tout le loisir de contempler la variété des terres environnantes qui abritent aussi, en saison de mise bas, un troupeau imposant de caribous.
Des sommets qui montent la garde
Un autre projet de parc qui fait parler de lui depuis déjà quelque temps est celui des monts Torngat et de la rivière Koroc. Situé à l'est de la baie d'Ungava, pas moins de 2 478 km2 de ce territoire d'une superficie totale de 4 295 km2 portent déjà le statut d'habitat faunique, aire protégée en vertu de la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune.
Ayant le plus haut sommet du Québec en leur sein (le mont d'Iberville, qui est aussi le deuxième plus haut sommet de l'est de l'Amérique du Nord, avec ses 1 646 mètres), il aurait été bien difficile de passer outre ces terres qui dominent la province. En effet, si l’on lorgne au-delà de Kangiqsualujjuaq, on ne pourra manquer de remarquer à l’horizon une chaîne de montagnes faisant office de frontière naturelle entre le Nunavik et le Labrador. Il faut noter que celle-ci est non seulement la plus haute au Québec, mais aussi de l'est du continent.
Comparables à celles des montagnes Rocheuses, les parois vertigineuses des Torngat, que les Inuits considèrent comme le repère des mauvais esprits, montent la garde sur la vallée de la rivière Koroc, qui y prend sa source. Peuplé d’un cortège de cirques glaciaires et de vallées suspendues, l’endroit est un véritable paradis pour le randonneur aguerri ou le fervent de vélo de montagne. Les quelques pistes que laissent derrière eux les caribous chaque année permettent en effet de sillonner en paix la taïga au fond des gorges, à l'ombre des crêtes dénudées.
S'étirant sur plus de 180 kilomètres jusqu'à la baie d'Ungava, la vallée de la rivière Koroc présente des conditions climatiques favorisant le développement d'un dense couvert forestier. Même le bouleau arrive à y pousser, venant ainsi offrir un contraste saisissant avec les pics enneigés de ces terres incultes. Plus bas dans les terres, le vertige dont pourraient être victimes les grimpeurs qui osent s'aventurer sur les sommets en aiguille, cède plutôt la place à des sensations plus enveloppantes.
Malgré les dires des Inuits, les Tuurngait (mauvais esprit en Inuktitut et épellation correcte de Torngat) font toutefois preuve de bonne volonté lorsqu'il s'agit de charmer le regard des passants.
Mais bon, un randonneur averti en vaut deux ! Que ce soit à pied, à ski ou à vélo de montagne, une carte et une boussole ne seront jamais de trop si les « mauvais esprits » décidaient de se mettre de la partie. Royaume incontesté de l'imposant Nanuq, l'ours polaire redouté de tous, la prudence est aussi de mise. Après tout, ces territoires encore vierges étant à des kilomètres de la civilisation, vaut mieux s'y aventurer d'un pas vigilant.