Le pays des glaciers

Homme en kayak devant un glacier

Dave Reid
Photo : Dave Reid
 
Plusieurs aventures dans l’Arctique ont été motivées par la curiosité : « Qu’y a-t-il là-haut ? » À des centaines de kilomètres au-dessus du cercle polaire arctique, dans une partie du monde où les lignes sur une carte géographique semblent moins importantes qu'ailleurs, on trouve l’un des parcs nationaux du Canada parmi les plus récents et les plus spectaculaires. Dans une terre riche sur le plan de l’histoire, de la culture et de la faune, le parc national Sirmilik du Nunavut offre plusieurs éléments naturels, irréductibles et magnifiques.

Des plus petites plantes et fleurs fragiles jusqu’à la faune fascinante et abondante, aux chaînes de montagnes et glaciers très élevés, Sirmilik n’attend plus qu’à être découvert. Plusieurs de ses secrets sont connus, mais autant, sinon plus, restent toujours cachés : le parc commence à être reconnu pour son accessibilité malgré son éloignement. Ses incroyables paysages de montagnes et son histoire fascinante sont ses plus grands atouts.

D’une superficie supérieure à 22 000 kilomètres carrés, dans la partie nord de l’île de Baffin, à peine plus haut que le 72e degré Nord, Sirmilik est le troisième plus grand parc national du Canada. On sait que cette région a été habitée pendant 4 000 ans. Les Inuits l’occupant aujourd’hui sont les descendants des Thulés, qui arrivèrent dans la région il y a environ 1 000 ans. Partout dans le parc, on peut trouver des vestiges de leurs habitations et de leurs activités. Les inukshuks se dressent, tels des vigiles solitaires sur les collines et les promontoires balayés par le vent, dominant les ruines des villages désertés depuis des lustres. Les maisons anciennes retournent maintenant à la terre, alors que les roches et les os de baleine ayant servi pour les murs s’enfoncent doucement dans le sol spongieux de l’été. Les Inuits des deux communautés d’Arctic Bay et de Pond Inlet, lieux donnant accès au parc, y poursuivent leurs activités traditionnelles – la chasse et la pêche dans les camps d’été.

Robert Bylot et William Baffin, deux explorateurs de l’Arctique ayant navigué ici en 1616, furent les premiers non-Inuits à voir cette région isolée et redoutable, d’une beauté époustouflante. On peut imaginer ce qu’ils ont vu et ressenti alors qu’ils étaient occupés à en dresser la carte, émerveillés… Deux cents ans plus tard, des baleiniers arrivant d’aussi loin que de l’Écosse furent entraînés dans ces eaux glacées et sombres, à la recherche de la prise la plus recherchée, l’énorme baleine boréale qui se déplace lentement.

Vers la fin du XIXe siècle et au début du XXe, l’industrie destructrice de la chasse à la baleine commençait à péricliter. Les baleines étaient de plus en plus difficiles à trouver et les navires baleiniers devinrent un spectacle de plus en plus rare pour les Inuits vivant dans les la région. Autour de 1912, les chasseurs de baleine firent lentement place aux négociants à plein temps. Leur arrivée marqua le début de rapports constants et significatifs entre les Inuits et les non-Inuits.

Le caractère et l’attrait du parc Sirmilik tiennent à l’incroyable diversité de ses paysages, de sa flore et de sa faune. Le parc est divisé en quatre sections distinctes. L’île Bylot, un refuge d’oiseaux désigné et reconnu, est située juste au nord de Pond Inlet. De cette communauté, la vue sur l’île impressionne terriblement les gens qui en sont à leur première visite. À près de 32 kilomètres, les montagnes de Bylot, s’élevant à plus de 1 200 mètres au-dessus des eaux tranquilles du détroit de l’Éclipse accaparent leur attention et les chavirent. Alors que dans la majeure partie de l’île le paysage rappelle les Alpes par ses montagnes et ses vallées, la pointe sud-ouest de Bylot se distingue par une plaine onduleuse et marécageuse de 1 300 kilomètres carrés. Couverts de linaigrette, d’osier et de mousse, ces marais constituent un site de nidification pour les plus grosses colonies d’oies blanches au monde.

Une équipe de chercheurs de l’Université Laval, menée par Gilles Gauthier, étudie cette population d’oies blanches depuis près de quinze ans. M. Gauthier et son équipe rayonnent sur plusieurs kilomètres à partir d’un camp de base central, et s’occupent de milliers d’oiseaux en une seule saison. Fait incroyable, 75 % de la population mondiale des grandes oies blanches se réfugient sur l’île Bylot pendant le court été du Nord.

Entre Pond Inlet et Arctic Bay, la péninsule Borden se caractérise par son haut plateau et ses larges vallées fluviales, comme celle de la rivière Mala, par exemple. Plus près d’Arctic Bay, le refuge d’oiseaux de la baie Baillargé constitue un site de nidification particulièrement important pour le guillemot de Brünnich. Par dizaine de milliers, ils s’installent sur les falaises escarpées surplombant les eaux du détroit de Lancaster, abondantes en nourriture. Au sud de Pond Inlet, la baie Oliver s’étend sur 40 kilomètres. Encadrée par des murs abrupts et des fjords plus petits, elle attire et incite à l’exploration.

Les quatre sections du parc Sirmilik contiennent des tours de roc érodé qu’on appelle « cheminées des fées ». Des buttes coniques -ou pingos- sculptées par le pergésol et de fascinants polygones de toundra, résultat de l’action du gel et du dégel. La nature physique du parc est formée d’une combinaison de roches sédimentaires, métamorphiques et ignées. Au cours des dernières années, des os de dinosaures ont été trouvés près de la pointe sud de l’île Bylot.

Un total incroyable de 360 espèces de plantes ont été identifiées dans le parc Sirmilik, notamment la linaigrette de Scheuchzer, la petite oseille et le pavot d’Islande. Puisque ces plantes ne bénéficient que d’une courte saison de croissance, les couleurs reviennent dans la toundra et les contreforts montagneux vers la mi-juin. À certains endroits, des monceaux de neige fondante s’évaporent, presque sous nos yeux, relâchant leur emprise sur la toundra curieusement verte et exubérante. Le changement est rapide et spectaculaire, les différences étant perceptibles en quelques jours à peine avec l’éclosion des fleurs qui s’épanouissent à la lumière du jour continuelle, sous un ciel clair et vingt-quatre heures d’ensoleillement direct.

Ce projet a été rendu possible grâce à une contribution financière du programme Francommunautés virtuelles d'Industrie Canada.

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