Une protection naturelle : les refuges d'oiseaux et réserves fauniques du Nunavut

Groupe de canards

Mark Mallory
Photo : Mark Mallory

L’écopaysage de l’Arctique canadien est vaste, vierge et peu connu : landes balayées par le vent, étendue infinie de mers englacées et stupéfiantes chaînes de montagnes s’élevant du littoral. Évoquez l’image qui vous vient à l’esprit en lisant ces lignes et elle rejoindra probablement l’idée que se font la plupart des gens du Nunavut. Dès qu’on sort des agglomérations, l’Arctique semble calme, dépourvu de vie, si ce n’est peut-être de l’ours polaire symbolique et du bœuf musqué ou, dans certaines régions, des troupeaux de caribous. Cependant, le Nunavut que nous connaissons est fort différent… il résonne de bruits de toutes sortes !

Si vous dénichez un coin bénéficiant de la juste combinaison du climat, de protection contre les prédateurs et de nourriture, vous avez trouvé un endroit qui, chaque été, devrait être littéralement rempli d’oiseaux – des millions d’oiseaux. Les terres et les océans du Nunavut pourvoient aux besoins de plus de 10 millions d’oiseaux marins (guillemots, goélands et mouettes), de 6 millions de canards et d’oies et d’une quantité innombrable d’oiseaux de rivage (bécasseaux) et d’oiseaux terrestres (moineaux et bruants). Migrateurs pour la plupart, ces oiseaux passent l’hiver en Amérique du Nord et du Sud, en Europe ou dans les eaux internationales. Certains, notamment la sterne arctique, migrent l’hiver à l’extrémité sud de l’Amérique du Sud; de ce fait, ces espèces voient plus de lumière du jour qu’aucun autre animal sur Terre ! Parce qu’un habitat adéquat est fondamental à la conservation de toutes les espèces sauvages, la protection de l’habitat de reproduction des oiseaux migrateurs est un enjeu international et une obligation canadienne définie par la loi. Plusieurs habitats-clés des oiseaux de l’Arctique ont été identifiés et certains ont été désignés zones protégées.

Il existe actuellement 11 refuges d’oiseaux migrateurs (ROM) et 2 réserves nationales de la faune (RNF) au Nunavut. Ces zones sont établies afin de protéger des sites fréquentés par un grand nombre d’oiseaux et d’espèces sauvages. Généralement, au moins 1 % des populations d’oiseaux du Canada peuvent être recensées dans l’une de ces zones protégées. Au Nunavut, la plupart des ROM et des RNF ont été créés afin de protéger les lieux de reproduction des oiseaux. Aujourd’hui, en 2004, environ 78 000 km2 d’habitats terrestres et 15 000 km2 d’habitats marins sont protégés dans les ROM et les RNF. Le ROM de la baie Hannah, constitué en 1939 sur la côte québécoise de la baie James, est le plus ancien, alors que la RNF de Nirjutiqqavik de l’île Coburg, créée en 1995, est la dernière-née. Le ROM de l’île Seymour, le plus petit du Territoire, couvre 28 km2 et protège la plus grosse colonie de mouettes blanches connue au Canada, un oiseau marin très rare. Le ROM du golfe Reine-Maud, le plus grand, s’étend sur près de 61 000 km2 de landes au centre du Nunavut et protège une profusion de populations d’oiseaux nicheurs et de mammifères, en particulier l’oie de Ross. L’instauration de deux nouvelles réserves nationales de la faune est actuellement en cours dans une zone critique pour les baleines boréales à Igaliqtuuq (près de Clyde River) et pour les énormes colonies d’oiseaux marins à Qaqulluit et à Akpait (près de Qikiqtarjuaq).

Le nombre d’oiseaux vivant dans certaines de ces régions offre réellement un spectacle impressionnant, et voir autant de vie s’épanouir dans des conditions aussi dures et précaires s’avère un tableau difficile à décrire. Sur l’île Baffin-ouest, le ROM de Dewey Soper recèle la plus grande colonie d’oies des neiges en Amérique du Nord, soit plus de 2 millions d’oiseaux. Le ROM de la baie East, dans l’île de Southampton, accueille la plus grande colonie d’eiders à duvet du Nunavut : certaines années, jusqu’à 4 500 couples nichent sur cette île longue de 800 m. Toutefois, on peut dire à coup sûr que les refuges de l’Arctique les plus connus sont sans contredit ceux des colonies d’oiseaux marins qui, depuis les années 1970, ont fait l’objet de plusieurs films sur la faune. On peut trouver près de 300 000 guillemots et 40 000 mouettes tridactyles au Cap Hay dans le ROM de l’île Bylot, et quelque 300 000 guillemots dans la RNF de Nirjutiqavvik à l’extrémité est du détroit de Jones. Mais, s’il fallait choisir le joyau de toutes les colonies d’oiseaux marins du Nunavut, le ROM de l’île Prince Léopold l’emporterait assurément. Située dans le détroit de Lancaster sur le passage du Nord-Ouest, cette petite île nue et ovale est presque entièrement ceinturée de falaises de 450 m de haut, souvent partiellement enveloppées de brouillard ou encore malmenées par le sifflement du vent et l’embâcle des eaux pendant presque toute l’année. D’une certaine manière, elle ressemble à une prison naturelle capable de résister à toute tentative d’évasion – l’Alcatraz du Nord quoi ! Dans ces conditions extrêmes, l’île Prince Léopold héberge environ 500 000 oiseaux marins, parmi lesquels 60 000 couples nicheurs de fulmars boréaux, 100 000 couples de guillemots de Brünnich, 30 000 couples de mouettes tridactyles et 4 000 couples de guillemots à miroir. Cette île abrite aussi une petite station de recherche où des biologistes (dont nous faisons partie !) étudient la biologie des oiseaux marins depuis les années 1970. Nous avons décelé des concentrations de polluants comme les BPC et le DDT dans les œufs des oiseaux marins et avons récemment établi un lien entre le succès de la reproduction des oiseaux marins et le niveau de la glace de mer ainsi que les changements climatiques.

Ces lieux sont-ils accessibles à tous ? Contrairement aux parcs nationaux, les ROM et les RNF ne sont pas voués au tourisme. Au Nunavut, ces sites sont dépourvus d’installations touristiques – il n’y a pas de sentiers de randonnée, ni de chalets, ni de bureaux gouvernementaux et, habituellement, aucun panneau indicateur. Néanmoins, le tourisme éthique est autorisé dans les ROM et les

Ce projet a été rendu possible grâce à une contribution financière du programme Francommunautés virtuelles d'Industrie Canada.

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