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La souveraineté canadienne : maîtres chez-nous?
Ghislain Couture
Photo : Ghislain Couture
Le 19 mars dernier, j’ai reçu une invitation intéressante. Le Sergent Peter Moon des Forces canadiennes me proposait d’aller à Eureka dans l’Extrême-Arctique canadien afin d’y rencontrer et d’interviewer les membres de la patrouille « Opération Kigliqaqvik Ranger III » . Cette patrouille allait parcourir 1 300 kilomètres en motoneige, en 12 jours, entre Resolute et Alert, le lieu le plus nordique du Canada ! Le sergent Moon m’invitait à rencontrer les membres de la patrouille à mi-chemin de leur périple, dans les installations de la station météorologique d’Eureka. Le sergent Moon m’explique alors que le but de cette patrouille est de promouvoir et de renforcer la souveraineté canadienne dans le Grand Nord. Étant originaire du Québec, vous comprendrez que d’entendre les mots « souveraineté » et « canadienne » placés côte à côte m’a semblé un peu inhabituel. « Souveraineté canadienne ? ai-je répondu au Sergent Moon...Je croyais que c’était réglé cette affaire-là… » L’invitation du Sergent Moon allait s’avérer fort instructive.
Le départ
C’est donc par un matin frisquet que je me suis rendu à l’aéroport international d’Iqaluit pour me joindre à une douzaine de collègues journalistes, invités eux aussi par les Forces canadiennes à couvrir cet événement unique. Une petite recherche sur Internet m’avait permis de constater qu’il faisait –36°C à Eureka, ce matin-là. « Pas mal pour un 5 avril », pensais-je. Le capitaine Conrad Schubert nous a accueillis et nous a remis les vêtements appropriés. Nous nous sommes ensuite enfoncés dans l’avion de type « Dash-8 » nolisé par les Forces canadiennes. Avec une escale à Pond Inlet, une communauté de 1 200 personnes située au nord de l’île de Baffin, le vol a duré un peu plus de 4 heures. Du haut des airs, entre Pond Inlet et Eureka, la beauté du paysage est à couper le souffle ! Le survol de l’île Bylot et de l’île d’Ellesmere permet d’apprécier la beauté et la majesté du Grand Nord canadien. Une succession de montagnes et de vallées, de fjords et de crevasses tous plus escarpés les uns que les autres s’offrent à vous. Le tout, d’un blanc immaculé !
L’arrivée à Eureka
Avant d’atterrir, nous survolons les installations d’Eureka. Difficile de croire que des êtres humains puissent vivre à l’année longue dans un endroit si nordique. Eureka est situé à 80° de latitude Nord. Ce n’est ni un village, ni même un hameau. Il s’agit plutôt d’une agglomération composée d’habitations et de bâtiments appartenant aux Forces armées canadiennes et à Environnement Canada. On y maintient une station météorologique depuis 1947, où travaillent huit personnes l’année durant. Rai LeCotey, le gestionnaire principal de la station, nous accueille poliment, mais l’on sent bien que l’arrivée soudaine d’une quarantaine de personnes dans un endroit, à toutes fins pratiques, coupé du monde, trouble un peu la routine de son équipe. Notre séjour à Eureka se déroulera toutefois sans anicroches, si ce n’est un mystérieux virus qui affectera les visiteurs originaires d’Iqaluit uniquement…
L’arrivée de la patrouille
Quelques heures après notre arrivée, le sergent Moon nous informe que la patrouille est à proximité d’Eureka. C’est le branle-bas de combat ! Tout le monde s’habille en vitesse et se rend sur la banquise afin de voir arriver cette fascinante brigade composée de sept membres des Forces canadiennes et de treize Rangers canadiens. Ces derniers, qui proviennent presque tous des trois territoires canadiens (Nunavut, Territoires du Nord-Ouest et Yukon), mettent leurs connaissances d’un milieu qu’ils habitent et qu’ils connaissent à la disposition de l’armée canadienne. Ils sont, comme le dit si bien un dépliant : « les yeux et les oreilles des Forces dans le Nord ».
Soudainement, nous voyons poindre à l’horizon les phares des motoneiges des patrouilleurs ! Une sorte de frénésie s’empare des journalistes qui veulent prendre « la » photo et saisir « le » moment magique où la formation arrivera à Eureka pour compléter la première partie de son trajet. On court dans toutes les directions pour prendre des photos et surtout, pour capter les premières réactions des patrouilleurs qui ont parcouru plus de 800 km en motoneige en cinq jours. Ils se prêtent à cet exercice tant bien que mal. Ils ont froid, ils ont faim et évidemment, ils sont fatigués. Au bout de quelques minutes, le commandant de la patrouille, le sergent-major Stewart Gibson, rassemble son équipe afin de présenter, à l’extérieur, des médailles à ses rangers émérites. Quelques minutes plus tard, les patrouilleurs sont invités à se mettre à table où ils savourent un délicieux repas chaud préparé avec soins par Debbie Clouthier, la joviale et colorée chef de cuisine de la station.
Les Rangers canadiens
Les journalistes ont alors la chance de s’entretenir avec les patrouilleurs. J’en profite pour discuter avec le sergent Denis Lalonde, le seul francophone participant à la patrouille. Originaire de Lachine au Québec, le sergent Lalonde habite Yellowknife, où il est instructeur pour les Rangers canadiens depuis 2001.