Le toit du Monde en 42 jours

Photo d'expédition en Arctique
Jean-Sébastien Charron
Photo : Paul Landry.
 
«À partir du moment où l’avion nous a débarqués et pour les 50 jours qu’a duré l’expédition, nous étions les deux personnes les plus au nord du globe», affirme Paul Landry avec un éclat dans les yeux laissant croire qu’il vient de revivre en une seconde toute l’épopée qui lui a permis de se rendre au pôle Nord en compagnie de son ami Paul Crowley en l’an 2000.
 
Ce sentiment d’immensité, d’infini, les deux aventuriers l’ont vécu quotidiennement durant leur périple. Malgré cela, l’atteinte de l’objectif, le 90e degré de latitude nord, est toujours demeuré secondaire pour eux. Plus important que cela, il y avait l’amitié. «Presque toute notre préparation a été concentrée là-dessus. Nous sommes amis, nos familles sont amies, il était donc primordial qu’on revienne encore plus unis qu’on pouvait l’être avant de partir», souligne Landry.

À voir leur complicité lorsqu’ils se retrouvent ensemble, on ne doute point que leur objectif a été atteint. Un an après leur départ, c’est d’ailleurs la première chose qui leur vient en tête lorsqu’on les interroge à savoir ce qui est leur meilleur souvenir. Les conversations sous la tente, les tapes sur l’épaule au moment de partir, les clins d’œil complices, ce sont ces petites choses qui sont restées gravées en mémoire.

Partis de leur ville de résidence actuelle, Iqaluit, la capitale du Nunavut, située sur l’île de Baffin dans l’Arctique canadien, «Paul et Paul», comme on surnomme le duo dans la communauté, se rendent tout d’abord à Resolute Bay, un village situé près du 75e parallèle nord. De là, un autre avion équipé de skis les prend à son bord pour effectuer les dernières heures de vol et les déposer finalement au point le plus à l’extrême nord de l’île Ellesmere, elle-même étant la dernière frontière septentrionale de l’archipel arctique canadien.

«C’était le premier mars, la première journée où le soleil s’est pointé au-dessus de l’horizon après la longue nuit arctique. Il y avait de la brume causée par le froid et on se demandait si l’avion allait réussir à atterrir. Quand on est finalement débarqués et que l’avion est reparti, avec la température à –60°C, je me suis senti nerveux. Je me suis dit qu’il fallait vraiment se concentrer sur tous nos gestes. Je me suis rappelé qu’un Anglais était débarqué ici peu avant et qu'il était reparti au bout de sept jours… avec des doigts en moins!», se remémore Crowley.

Paul et Paul se retrouvent donc avec les chiens et l’équipement, prêts à affronter les 413 miles nautiques (environ 740 kilomètres) qui les séparent du toit du monde. La fidélité, la ténacité et les efforts déployés par leurs fidèles compagnons, les douze chiens inuits qui tireront le lourd chargement jusqu’au dernier jour, sont la source de l’autre bon souvenir conservé par le duo : la relation développée entre l’homme et le chien.

«Nos chiens, les chiens inuits, ce sont des 'bulldozers'. Parfois, ils tombaient à l’eau par les fissures dans la glaces, par des températures de –40°C, on les sortait de là, ils se secouaient, allaient s’asseoir avec les autres et étaient aussitôt prêts à repartir. Ils passaient ensuite la nuit dehors, exposés aux vents, se levaient et voulaient courir tout de suite! Paul (Landry) et moi avions respectivement sept et cinq chiens qui tiraient 500 livres (environ 225 kilogrammes). Et pas toujours sur du plat! Ils pouvaient grimper des blocs de glace brisée de 20 ou 25 pieds (8 mètres). C’était vraiment impressionnant à voir, ce sont des animaux parfaitement adaptés à ce milieu», raconte Crowley.

Un des principaux obstacles rencontrés a été les glaces ouvertes. Jusqu'à la journée où ils ont atteint le point ultime, ils ont été aux prises avec cet obstacle. Comme ils se trouvaient sur les glaces en mouvement dès le premier jour, ils ont dû apprendre à travailler avec cet impondérable. Après avoir essayé de contourner les obstacles lors de leur première journée, ils se rendent compte qu’ils n’ont progressé que de 3 miles nautiques (à peine 5 kilomètres). Ils prennent donc la décision de foncer droit devant à partir du lendemain. Cela portera fruit et ils progresseront beaucoup plus rapidement. D’autres imprévus surviennent tout de même dans un environnement aussi extrême que celui du pôle arctique. Une tempête les force à demeurer deux jours et demie sous la tente. Impossible de sortir. Le bruit assourdissant du vent rend la conversation presque impossible : il faut crier pour s’entendre. Quand la tempête se calme finalement, ils s'aperçoivent qu’ils ont reculé de plusieurs miles nautiques sans avoir bougé! Le caractère «vivant» du plancher de glace sur lequel ils ont passé ces 50 jours les frappe alors. D’autant plus que le paysage n’est pas tout à fait le même non plus : encore une fois, ils sont surpris par des glaces brisées.

Ce projet a été rendu possible grâce à une contribution financière du programme Francommunautés virtuelles d'Industrie Canada.

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