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Le chien inuit canadien
Peter et Julia Krizan
Photo : Julia Krizan
Canis lupus familiaris borealis, qimmik, chien inuit canadien, chien de traîneau inuit, chien esquimau canadien, husky1. Autant de noms servant à désigner le chien qui fait partie intégrante de la vie dans l’Arctique. Durant des siècles, les peuples dorsétien et Thulé se sont servis de ces chiens pour la chasse et comme animaux de bât. Par la suite, les Thulés et les Inuits les utilisèrent comme chiens de trait. Les explorateurs les ont également utilisés pour se rendre aux pôles Nord et Sud. Le qimmik, tel qu’il est nommé par les Inuits, est aujourd’hui l’un des symboles officiels du Nunavut.
La famille des canidés est très diversifiée et ses membres sont souvent difficiles à distinguer, même du point de vue moléculaire. L’origine exacte du chien inuit canadien reste incertaine. Il est possible, et même probable, que les Thulés apportèrent leurs chiens lors de leur traversée du détroit de Béring, entre 500 et 1 100 ans après Jésus-Christ. D’autres penchent plutôt en faveur de la théorie de la domestication du loup d’Amérique du Nord. On ne retrouve pas le chien inuit partout dans l’Arctique; cependant, la Russie et le Groenland abritent des chiens très similaires. En fait, certains considèrent que le chien du Groenland et chien inuit canadien sont identiques. Des fouilles éparses suggèrent que des chiens domestiques auraient pu être utilisés depuis au moins 2 400 ans; certains sites ont même révélé des mâchoires et autres fragments vieux de 4 000 ans. Malgré les résultats incertains de ces fouilles, il est indubitable que les habitants de l’Arctique utilisent les chiens inuits depuis des siècles.
Malgré sa ressemblance avec le loup, aussi bien physiquement que dans son comportement, le chien inuit est un animal domestique dont les qualités ont été raffinées par des croisements sélectifs et non par sélection naturelle. Certains traits distinguent les deux canidés. Le poitrail du loup est plus étroit, ses pattes sont plus longues et sa queue est droite et tombante, contrairement à la queue recourbée vers le haut du chien inuit. Les loups, comme les chiens inuits, hurlent au lieu d’aboyer et sont organisés en meutes fonctionnant selon une hiérarchie distincte chez les mâles et les femelles. Comme dans le cas des loups, chaque équipe de chiens inuits possède un mâle et/ou une femelle dominante. Toutefois, la hiérarchie chez les femelles est rarement observée, car les propriétaires de chiens inuits préfèrent constituer une équipe de mâles avec seulement une ou deux femelles. Ces chiens dominants, aussi appelés « boss » ou « alpha », maintiennent généralement une certaine stabilité au sein de la meute, réprimant violemment les incartades des individus subalternes. Bien que domestiqués, les chiots, dès leur très jeune âge, doivent être « socialisés » au contact des humains et surtout des enfants. Il est aussi important que les chiots soient intégrés au sein de l’équipe et soient acceptés par les chiens plus âgés. Une autre caractéristique différenciant le chien inuit du loup est la fréquence des chaleurs et le comportement reproducteur. Les mâles et les femelles loups ne peuvent s’accoupler qu’une fois par année, en février ou en mars, et c’est généralement le couple dominant (ou alpha) qui s’accouple au bon moment de l’œstrus pour engendrer une portée. Chez le chien inuit, la femelle, comme tous les chiens, ovule tous les cinq à sept mois et les mâles sont fertiles toute l’année. Les chiens de traîneau devant être attachés en tout temps, les accouplements se font généralement de façon sélective par le propriétaire; cependant, les chiens détachés ou errants choisissent leurs propres partenaires. Ce n’est donc pas toujours le mâle dominant qui fertilise la femelle en ovulation. En raison de la forte hiérarchie qui règne dans chaque équipe ou meute, les bagarres entre les chiens ne sont pas rares, surtout lorsqu’une femelle est en chaleur.
Avant la vague de modernisation, les chiens inuits se rencontraient à partir du détroit de Béring, au Groenland, sur l’île de Baffin, au Labrador et dans le Nord du Québec. Il est fort probable que les caractéristiques physiques de ces chiens variaient quelque peu d’une région à l’autre, en raison des différents usages qui en étaient fait, des conditions environnementales locales et de leur alimentation. Dans les années 20, on estimait à 20 000 le nombre de chiens inuits dans l’Arctique canadien. La fin de l’ère des baleiniers a annoncé le déclin des chiens inuits. Les gens du Sud apportèrent leurs propres races de chiens, introduisant des maladies et entraînant des croisements avec les chiens inuits.