La flamme des Jeux d'hiver de l'Arctique brûle de tous ses feux sur le Nunavut et le Groenland



Kirsten Murphy
Photo : Cathy Archbould et l'équipe de photographes du Whitehorse Daily Star
 
Dans un élan précis et puissant, la jambe droite de Stevie Amarualik atteint la cible en peau de phoque, accrochée à 2,1 mètres de hauteur. La foule lance un cri de joie. Non content d’établir le nouveau record des Jeux de Baffin pour la savate d’Alaska, ce jeune homme de 16 ans propulse son nom dans le livre des records en remportant sept médailles d’or.
 
Stevie Amarualik espère répéter cet exploit de l’été dernier aux Jeux d’hiver de l’Arctique, du 17 au 23 mars 2002. Ce rêve sera partagé par plus de 1 000 jeunes athlètes, artistes et entraîneurs des neuf régions circumpolaires, incluant la Russie, le Groenland et l’Alaska.

Dans les rues d’Iqaluit, au Nunavut, et de Nuuk, au Groenland, les Jeux sont annoncés par une multitude de bannières et de drapeaux aux couleurs vives, ainsi que par des affiches de Qunga, la mascotte officielle des Jeux.

Des deux côtés de la baie de Baffin, restaurants et patinoires bourdonneront de conversations dans les sept langues circumpolaires : l’inuktituk, le français, l’anglais, le groenlandais, le danois, le russe et l’inuinnaqtun. Amarualik, l’une de ces voix, est également l’une des nombreuses raisons pour lesquelles l’esprit des Jeux se perpétuera longtemps après avoir remballé le tapis rouge.

De bien des manières, la ville d’Iqaluit sort déjà gagnante de cette expérience. Tel un enfant à sa première journée d'école, la nouvelle capitale canadienne s’est parée de ses plus beaux atours pour l’événement. Des millions de dollars ont été investis dans la construction d’un nouvel aréna, l’aménagement des routes, la location d’autobus et les travaux d’embellissement. Cet investissement s’est fait dans l’esprit des Jeux, grâce aux partenariats développés avec les organisations gouvernementales et non gouvernementales.

Selon Goo Arlooktoo, du Nunavut, investir dans les Jeux, c'est investir dans l'avenir. En tant que commissaire de la Société organisatrice des Jeux d’hiver de l’Arctique, Arlooktoo a passé deux ans à superviser les ententes de subventions, la vente de billets et les relations avec les médias. Il croit que les Jeux feront la fierté de tous les Inuits et non Inuits qui y participeront : athlètes, artistes, entraîneurs, arbitres bénévoles et spectateurs. Si, dans le passé, les Jeux ont permis à de jeunes athlètes d’accéder à un niveau de compétition internationale, ils contribuent également à dresser un pont entre les générations, en faisant partager aux participants un sentiment commun de fierté à l'égard de leur culture circumpolaire. Les spectateurs, quant à eux, auront droit à un rare aperçu des activités sportives et des jeux dénés et inuits pratiqués traditionnellement en Arctique.

À la question concernant les retombées durables des Jeux, Arlooktoo prend une longue respiration avant de répondre :

«Il y a encore peu d’années de cela, le chant guttural était une forme d’art presque éteinte. Sa récente résurgence sera grandement promue par les Jeux. C’est très excitant. Iqaluit n’a jamais eu un défi d’une telle ampleur. Nous nous sommes dotés d’un nouveau complexe pour les Jeux d’hiver de l’Arctique et possédons également deux écoles de gymnastiques réaménagées, où se tiennent des tournois internationaux de basket-ball et de gymnastique. Cela nous a permis de former des centaines de bénévoles comme entraîneurs, officiels et agents de sécurité. Iqaluit sera dorénavant une ville plus axée sur les besoins de sa communauté.»

Les Jeux d’hiver de l’Arctique, c’est avant tout une première : le premier événement d’une telle envergure tenu au Nunavut; la première télédiffusion des cérémonies d'ouverture sur le réseau de Radio-Canada; le plus important investissement jamais fait dans des programmes culturels et sportifs; la première fois, en 32 ans d’existence, que les Jeux sont accueillis conjointement par deux villes, une décision reposant grandement sur le fait qu'Iqaluit ne dispose pas d'installations de ski et de planche à neige. Ce concept original d'hôte conjoint servira de modèle pour les futurs Jeux.

L’importance des retombées dépendra de la communauté hôte des Jeux. La ville de Whitehorse, au Yukon, a soumis sa candidature pour les Jeux d'hiver du Canada de 2007, 2 ans seulement après avoir accueilli les Jeux d’hiver de l’Arctique. Contrairement à Iqaluit, Whitehorse n’a pas bâti un nouvel aréna ou partagé la tenue des jeux avec une autre ville. La capitale du Yukon n’a pas non plus connu les problèmes d’hébergement que s’attend à avoir Iqaluit. Néanmoins, cette dernière compte bénéficier des mêmes retombées mises en valeur par Whitehorse dans le cadre de sa candidature.

Ce projet a été rendu possible grâce à une contribution financière du programme Francommunautés virtuelles d'Industrie Canada.

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