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Dans les forêts du nord, les meilleurs onguents
Guylaine Levasseur
Photo : Jean-Sébastien Charron.
Pour bien des visiteurs ou des habitants du Nord, les propriétés des plantes qui les entourent sont encore méconnues. C’est qu’ils ne se doutent pas que les millions d’épinettes, et autres plantes très communes de la forêt boréale, possèdent des propriétés incroyables, mais surtout, que l’on peut transformer et utiliser soi-même plusieurs de ces amies du règne végétal.
C’est en s’inspirant du mot grec boreas, le vent du Nord, qu’on a nommé l’immense bande de forêt (environ 800 km de large), présente de Terre-Neuve jusqu’au Yukon, elle s’étend, au Canada, dans un axe sud-est et nord-ouest.
La forêt boréale a été, de tout temps, d’une importance majeure pour les Premières Nations, dont elle assurait la survie, ainsi que pour les coureurs des bois, qui y chassaient. Plus récemment, elle est devenue une source de revenu pour les industries papetières. Mais aujourd’hui, à une époque où le retour aux sources est à la mode et où les valeurs environnementales reviennent en force, plusieurs découvrent ou redécouvrent une autre utilité à cette forêt : ses plantes médicinales. Beaucoup de médicaments disponibles en pharmacie ont d’abord été issus de substances présentes dans la nature.
Conifères à tout faire
Source de verdure disponible toute l’année, l'épinette noire peut être mise à contribution pour fabriquer des tisanes riches en goût et en vitamine C. Le sapin (Abies species) est sans contredit le meilleur au goût. Les tisanes confectionnées à partir des jeunes pousses du printemps ont un effet bénéfique sur les personnes affligées d’un rhume ou d’une grippe.
Toutes les espèces de pins (Pinus species), d’épinettes (Picea species) et de sapins (Abies species) que l’on retrouve dans le Nord possèdent des vertus antiseptiques, antibactériennes, antivirales et antifongiques. Leur gomme, leur sève, leur écorce et leurs aiguilles (surtout celles de l’épinette noire, de l’épinette blanche et des sapins) peuvent être intégrées à des onguents pour guérir les brûlures, les infections, les coupures et les éruptions cutanées.
Le pin, pour sa part, entre dans la préparation de plusieurs désinfectants commerciaux. Son écorce intérieure (cambium), peut être mangée crue. On peut désinfecter une blessure en y appliquant une décoction faite à partir de ses racines, et sa résine peut être intégrée dans des onguents contre les rhumatismes et l’asthme.
Entre terre et eau : l’aspirine naturelle
Renommées pour leurs propriétés anti-inflammatoires, toutes les espèces de saules (Salix species) contiennent, à divers degrés, de la salicine, une substance reproduite synthétiquement sous forme d’acide salicylique et que l’on retrouve dans l’aspirine. L’écorce et les feuilles peuvent être utilisées, en infusion ou en décoction, contre les maux de tête. On peut également intégrer l’écorce du saule dans de l’huile à massage pour soulager les muscles étirés ou endoloris. En situation de survie, on se souviendra aussi que les feuilles et l’écorce interne des saules sont comestibles et très riches en vitamine C. On retrouve également de la salicine, quoiqu’en moins grande concentration, dans les feuilles et l’écorce du bouleau (Betula species) et du peuplier baumier (Populus balsamifera).
À chacun sa tasse de thé, hiver comme été
Le thé du Labrador (Ledum groenlandicum) est certainement la plus populaire et la plus succulente boisson que le monde boréal ait à offrir. Une infusion de cette plante peut soigner les troubles de la digestion, la constipation, le rhume et l’arthrite. Simplement ajouter une généreuse poignée de feuilles (disponibles toute l’année) et de fleurs (en été) à de l’eau bouillante.
Plusieurs autres plantes de la famille des Éricacées peuvent être utilisées pour faire du thé. Mentionnons l’infusion de feuilles de bleuet, un diurétique et un tonique sanguin qui possède aussi la propriété de diminuer et de stabiliser le taux de sucre sanguin, ainsi que la tisane de feuilles d’arctostaphyle raisin d’ours (Arctostaphylos uva-ursi), une plante vendue en capsules sous le nom de Uva-ursi. Cette dernière est reconnue pour prévenir et lutter contre les infections urinaires. Comme dans le cas du thé du Labrador, les feuilles et les fruits de raisin d’ours restent sous la neige. Ceux-ci sont très riches en hydrate de carbone et en vitamines A et C. De plus, ils font partie des rares fruits présents partout dans le Nord et disponibles toute l’année. On peut aussi les faire frire ou sécher.
Les pétales et les baies des différents rosiers sauvages (Rosa) des bois et des prés méritent aussi leur place dans la théière. Ces dernières contiennent individuellement trois fois plus de vitamine C qu’une orange entière, en plus de la vitamine A, du calcium et du fer. Elles ont un goût agréable et font de bonnes gelées et de bons sirops. On doit toutefois éviter d’ingérer leurs graines, qui sont pourvues de poils irritants.
Tisane camping d’hiver
- Une poignée de feuilles de thé du Labrador (récoltées sous la neige)
- Deux cuillérées à soupe de canneberges ou de bleuets séchés (récoltés et séchés tard à l’automne)
- Une poignée de feuilles et baies de raisin d’ours (récoltées sous la neige)
- Une dizaine de baies d’églantier (fruit du rosier), qu’on aperçoit sur les branches, sans les feuilles ni les épines
Déposer le tout dans une théière, verser de l’eau bouillante et laisser infuser dix minutes. Cette tisane est riche en saveurs et en vitamines.
Un vent de printemps
L’odeur parfumée du peuplier baumier (Populus balsamifera) plane dans l'air durant les mois d'avril et de mai et annonce le retour des jours plus chauds. Les bourgeons sont remplis d’une résine très parfumée qui agit à merveille sur toutes sortes d’irritations de la peau (coupures, brûlures, piqûres d’insecte) et les hémorroïdes. Faire macérer les bourgeons dans l’huile d’olive pendant au moins un mois, filtrer ensuite l’huile et chauffer avec de la cire d’abeille. Ce baume sublime soulage aussi la congestion nasale. Les propriétés antioxydantes de ces bourgeons agissent également comme agents de conservation dans les onguents.
Des baies dans la pharmacie
À certains petits fruits sauvages, on reconnaît maintenant plus qu’une source de calories ou de vitamines. Entre autres, l’airelle vigne d’Ida (Vaccinium Vitis-Idaea L.), appelée aussi canneberge sauvage ou atoca, mérite d’être connue. Vers la fin de l’été, ses fruits écarlates recouvrent forêts et montagnes, partout où le sol est sec. On les consomme, pour leurs vertus digestives et apaisantes, contre les brûlements d’estomac. On les conserve congelées (pour les intégrer plus tard dans les crêpes et les gaufres), séchées, en conserve ou au frais et recouvertes d’eau dans un tonneau.