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Le mont Barbeau : sommet secret
Pierre Landry
Photo : Pierre Landry
C’est la pleine lune du mois de mai et notre respiration est glacée dans l’air désertique. Nous sommes dans la communauté de Resolute Bay, au Nunavut. Nous nous préparons à monter dans l’avion de type Twin Otter qui nous mènera sur l’île d’Ellesmere, un endroit isolé – même pour le Nord – où la lente évolution de notre planète nous est révélée. Après quelques heures de vol, nous entrons dans le royaume du parc Quttinirpaaq, domaine des plus hautes montagnes d’Amérique du Nord à l’est des Rocheuses.
Le mont Barbeau, le plus élevé de l’Arctique canadien, s’élève fièrement à 2 764 mètres. Ses gendarmes, deux autres sommets situés à proximité, protègent l’une de ses deux arêtes. Alors que l’avion survole cette montagne colossale, nous nous inclinons humblement devant sa majestueuse présence. Après trois tentatives, le pilote trouve un endroit approprié pour poser son appareil équipé de skis en guise de train d’atterrissage et commence son approche finale. Nous débarquons notre équipement; le pilote nous souhaite bonne chance pour ces deux semaines à affronter la montagne et repart. L’expédition commence.
Notre groupe de six personnes est guidé par Marc et Percey, deux des meilleurs secouristes œuvrant dans cet environnement. Le but premier de notre périple est d’ailleurs de compléter un programme d’entraînement de secours sur les glaciers. Divisés en deux groupes, nous nous dirigeons vers le mont Barbeau en skis et en traîneaux.
En traversant la calotte glaciaire de Grant, nous découvrons les labyrinthes préservés par la dernière glaciation, souvenirs d’un autre temps. Sur cette surface de glace éternelle, nous nous approvisionnons en eau potable. Chaque étape du trajet est à réinventer, alors que nous négocions une piste semée d’embûches. À cette altitude, on retrouve plusieurs microclimats qui rendent les conditions climatiques imprévisibles et peuvent rapidement se retourner contre nous. Malgré tout, être en présence d’un environnement aussi grandiose me remplit d’allégresse alors que dans le silence se répandent nos échos.