Ode au chien esquimau

Groupe de chiens esquimaux couchés devant un traineau

Pierre Landry
Photo : Pierre Landry
 
Je ne compte plus le nombre de fois où mes fidèles compagnons m’ont tracé la voie dans les blizzards. Je les ai toujours suivis avec confiance, sachant bien qu’ils ne me mèneraient pas dans l’adversité. Au cours de mes quatre années de séjour en Arctique, l’apprentissage de l’univers du traîneau à chiens m’a fait vivre mes moments les plus exaltants. Tous les ans, il me fallait passer le test. La meute allait-elle m’accepter à titre de conducteur et de compagnon? Pourrais-je encore gagner le respect des chiens et ainsi continuer à découvrir les richesses insoupçonnées de l’univers des chiens de traîneau?

Plusieurs facettes sont à considérer lorsqu’on souhaite devenir conducteur d’attelage de chiens. Chaque nouvelle année me faisait découvrir un nouvel aspect de cet univers et de son incroyable résonance dans ma vie. Bien au-delà de l’endurance physique mise à l’épreuve au cours des voyages, cela rejoignait une dimension spirituelle. L’être humain parvient à maintenir son équilibre grâce à quatre éléments essentiels : le physique, le psychique, l’émotif et le spirituel. Les chiens m’ont aidé à plonger au plus profond de moi afin d’explorer tous ces aspects de mon être. Tout comme l’environnement arctique, la conduite d’attelage de chiens peut se révéler sans pardon. Il faut savoir maintenir ses sens en éveil à tous les instants. Avec les chiens esquimaux canadiens, j’ai découvert, non sans peine parfois, le sens véritable des mots « confiance » et « respect ». J’ai également développé, avec eux, mon agilité, ma capacité à prévoir les événements et une aptitude à projeter mes ordres de manière quasi télépathique. La dernière année, mon objectif était de joindre tous ces éléments de façon harmonieuse afin d’atteindre le plus haut degré de perfection possible.

La recette pour gagner le respect et la confiance des chiens est toute simple. Il faut apprendre à les connaître. La relation s’établit au moyen d’interactions. Le moment le plus propice pour cela, c’est l’heure du repas. Avez-vous déjà nourri une meute de quarante chiens? Croyez-moi, il s’agit d’une expérience sonore unique.

J’ai commencé mon apprentissage du traîneau à chiens au cours de l’automne avec la compagnie Northwinds Arctic Adventures, un pourvoyeur d’Iqaluit, la capitale du Nunavut. Les premières sorties d’entraînement se font sur la terre ferme. Les chiens courent en tandem, comme c’est l’usage pour les attelages de chiens dans la région ouest de l’Arctique. Deux par deux, ils tirent un kart ou un véhicule tout terrain disposant d’un système de freinage. Les freins sont essentiels, car les chiens peuvent facilement dicter leur volonté, quoiqu’ils répondent bien à certaines formes de commandement. Les chiens esquimaux canadiens sont à la fois sauvages et dociles. Ces traits de caractère expliquent à la fois leur volonté et leur force quasi surnaturelles ainsi que leur capacité à accepter les commandements d’un humain lorsque celui-ci leur dicte à quel endroit et à quel moment ils doivent tirer. Il est primordial de connaître le nom et la personnalité de chaque chien aussi bien que l’ordre hiérarchique qui s’établit entre eux afin de comprendre les besoins de la meute. Il s’agit là d’une tâche sans cesse renouvelée, car la dynamique des chiens évolue avec l’ajout fréquent de nouvelles recrues dans la meute.

Le véritable plaisir commence avec l’arrivée des premières neiges et la sortie des traîneaux (qamutik). Nous voilà propulsés dans un autre monde! Au cours des deux ou trois premiers mois, les apprentis conducteurs sortent toujours accompagnés. Mon premier professeur se nomme Matty McNair, une femme d’une grande patience et d’un grand savoir. Elle a guidé de nombreux blancs-becs dans les difficiles méandres de l’apprentissage de la conduite d’un attelage de chiens. Matty est à la fois gentille et ferme, car les apprentis, tout comme les chiens, requièrent une telle attitude. Il y a tant de rudiments à apprendre. Comment survivre dans les différentes conditions météorologiques rencontrées en Arctique? Comment reconnaître la topographie du terrain? Comment se diriger sans problème dans cet environnement difficile? Et il va sans dire qu’il faut toujours s'assurer de contrôler l’équipage. Pour bien maîtriser l’art de la conduite d’un attelage, il faut constamment répéter les gestes jusqu’à ce qu’ils deviennent instinctifs. L’instinct, voilà la clé du succès dans l’univers des chiens esquimaux. Au cours de la première année, je sortais au moins deux fois par semaine. Au gré de mes aventures, j’ai vite découvert des muscles que je ne connaissais pas, sans parler de toutes ces contusions et coupures qui apparaissaient sans cesse sur mon corps. Cependant, je n’ai jamais subi de graves blessures, si ce n’est celles infligées à mon amour-propre.

Ce projet a été rendu possible grâce à une contribution financière du programme Francommunautés virtuelles d'Industrie Canada.

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