La femme inuite : hier, aujourd'hui et demain

Mère et son enfant

Gabriella Massa
Photo : Pascale Dion / Above and Bevond
 
ARNAQ... la femme, en inuktitut. Avant la sédentarisation des Inuits, la femme inuite avait un rôle important et complémentaire à celui de l’homme. Elle était la gardienne de la tradition et du savoir millénaire transmis de mère en fille, de grand-mère en petite-fille. Les arnait (femme au pluriel) avaient une conscience collective et historique qui était la force du groupe. Elles avaient la tâche très importante d’alimenter continuellement le qulliq, la lampe à huile, car posséder le feu signifiait avoir eau, nourriture cuite et chauffage.

La femme inuite se mariait vers l’âge de 13-14 ans, mais mettait rarement au monde des enfants avant l’âge de 18-20 ans. Le mariage était considéré par les Inuits comme la façon la plus simple de créer ou de renforcer des liens entre les familles. Pour cette raison, certains mariages étaient arrangés depuis l’enfance et parfois même, avant la naissance des futurs mariés. Ces accords créaient entre les familles des liens tellement forts que, même en cas d’annulation du mariage, à la suite d’un décès ou pour autre raison, les familles se considéraient indissolublement liées.

La famille était un élément fondamental de la société. Les Inuits vivaient en groupe familial composé du père, de la mère et du fils, avec parfois le grand-père, la grand-mère, et quelques oncles et tantes célibataires. Ces groupes étaient complètement autosuffisants et produisaient tout le nécessaire à leur survie et à la vie quotidienne. L’égalité et la coopération des conjoints étaient la base de l’union familiale. Entre époux existait un rapport particulier, profond, fait de complicité et consolidé par les épreuves communes. La répartition des rôles était bien définie : l’homme détenait l’autorité hors de la maison et il était responsable de la recherche de la nourriture, de la production d’outils et d’armes, de l’organisation des transports, de la construction des refuges et de la maison de neige ou de peau, du soin des chiens et de la sécurité de la famille. L’homme s’occupait aussi de l’éducation des petits garçons auxquels il enseignait toutes les habiletés et les techniques nécessaires pour survivre.

La femme avait autorité sur tout ce qui concernait la maison et le soin des enfants. Elle avait la responsabilité des devoirs domestiques : préparation et répartition de la nourriture, ainsi que confection et entretien des vêtements et des chaussures. Elle fabriquait les tentes pour le campement d’été, les récipients en peaux et la couverture pour le qajaq ou l’umiaq, bateau familial manœuvré par les femmes. Le soin du confort à l’intérieur de l’igloo, la conservation du feu et la préparation de la nourriture conféraient à la femme un rôle très important. En été, pendant que les hommes allaient à la chasse, elle restait au campement et elle était très occupée à dépecer les animaux que les chasseurs rapportaient. À l’aide du ulu, couteau spécialement conçu pour elle, la femme coupait en longueur et puis, habilement, sectionnait la peau du phoque, ou d’un autre animal chassé. Elle travaillait à la désarticulation de la colonne vertébrale, des côtes et des nageoires, à partir desquelles on fabriquait des outils; ainsi qu’à l’extraction du cerveau, du gras, de la viande et des abats. Les femmes assuraient aussi un service d’importance capitale, c’est-à-dire la préparation des peaux, la confection et l’entretien des vêtements : la femme inuite était la plus habile couseuse du monde! L’habillement, en effet, constituait un bien de grande valeur. Les vêtements étaient traités et cousus avec soin et conservés longuement.

Les Inuits ne connaissant pas l’écriture, presque toutes les connaissances étaient transmises oralement par les parents ou grands-parents. Les femmes âgées, qui se distinguaient par leurs superbes tatouages sur le visage et le corps, avaient comme tâche d’enseigner aux plus jeunes, en racontant des histoires et des légendes. La femme inuite avait un rapport très intime avec ses enfants, qu’elle allaitait jusqu’à l’âge d’environ quatre ans, puis, les filles continuaient de recevoir l’enseignement des femmes tandis que les garçons étaient éduqués par les hommes. Ce rapport créait entre mère et enfant un lien profond, puisque l’enfant était tenu en contact direct avec la peau, dans l’amauti, la meilleure protection pour la mère et l’enfant. L’amauti permettait à la mère de rester toujours en contact physique avec l’enfant, s’assurant de façon continue de son bien-être, tout en ayant les mains libres pour s’occuper des tâches quotidiennes.

Les familles n’étaient pas particulièrement nombreuses. Le taux démographique se maintenait bas à cause d’une mortalité enfantine très élevée et de nombreux cas de stérilité chez les couples. La femme concevait normalement vers l’été, ainsi l’enfant qui allait naître se développait dans le sein maternel durant l’hiver, période pendant laquelle la femme pouvait passer beaucoup de temps à travailler à l’intérieur de l’igloo.

Avant l’enfantement, elle s’isolait dans un abri construit légèrement à l’écart du campement et commençait une dure période d’isolement qui se terminait un mois après l'enfantement ou plus tôt s’il survenait un danger pour la mère ou l’enfant. L’enfantement se passait sur l’ileq ou plate-forme de l’igloo ou bien directement sur le sol. Durant le travail, la parturiente était étendue sur le dos ou appuyée contre une sage-femme. Lorsque les contractions devenaient plus rapprochées, la mère s’agenouillait, les jambes écartées, et recueillait l’enfant. Si possible, l’accouchement se déroulait de façon naturelle, mais en présence de difficultés, la femme recevait l’aide d’une femme âgée.

La jeune mère, durant la grossesse, ne pouvait manger les aliments interdits, tels que la langue, la moelle et les abats de caribou, qui pouvaient causer une fausse couche. Les causes principales de fausses couches étaient : les longs voyages sur le traîneau durant les mois de mars-avril, généralement vers la fin de la grossesse, qui procuraient de violents chocs à cause de la glace irrégulière; la pêche aux saumons dans les eaux glacées, pratiquée en juillet, c’est-à-dire, au début de la grossesse; la famine et les conditions difficiles de l’environnement. Une femme qui faisait une fausse couche était considérée infecte (allerporsuaq) et était dangereuse pour la communauté. Les Inuits pensaient qu’à cause d’elle, les animaux, source de vie, ne se laisseraient plus capturer et que le groupe risquait donc de mourir. Pour remédier à ces inconvénients, on faisait appel à des rituels chamanistes, lesquels forçaient la femme à se soumettre à des tabous très stricts durant un an.

Les tabous et les rituels étaient une façon de gérer les règlements à l’intérieur du groupe. Lorsque les tabous n’étaient pas respectés ou bien quand les choses allaient mal, les Inuits faisaient appel aux chamans qui servent d’intermédiaires entre les êtres vivants et le monde occulte. Indifféremment, l’angakkuq pouvait être homme ou femme, et avait la tâche d’intercéder auprès des esprits pour les calmer ou pour demander des faveurs.

Ce projet a été rendu possible grâce à une contribution financière du programme Francommunautés virtuelles d'Industrie Canada.

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