Observations d'un graveur



Paul Machnik
Photo : Sergei Ilkey
 
À l’automne 2001, une occasion s’est présentée lors d’une rencontre fortuite à Cape Dorset, au Nunavut. Bryan Alexander, un photographe venu d’Angleterre, était de passage et je lui ai proposé de l’emmener rencontrer quelques artistes. Un jour, alors que nous regardions le découpage d’un béluga sur la plage, Bryan m’a demandé si je serais intéressé à me rendre en Sibérie pour donner un cours de gravure. C’était l’un de ces moments privilégiés. J’ai souvent rêvé qu’un jour j’aurais la chance de voir la Sibérie. Cet automne, après plus de deux ans de planification, ma partenaire Bess Muhlstock et moi sommes allés à Uelen, une petite ville de la province de Tchukotka, située dans l’extrême-est soviétique. Nous y avons dirigé un atelier de gravure destiné aux autochtones de la région, parmi lesquels plusieurs sculptaient déjà l’ivoire de morse.

Nous pensions que le voyage de Montréal à Uelen, en passant par Anchorage, en Alaska, et par le détroit de Béring jusqu’en Sibérie, prendrait quatre jours. Bien que Uelen soit située seulement à 100 kilomètres de l’Alaska par la mer, nous avons dû nous rendre d’abord par avion à un plus grand centre doté d’un bureau d’immigration.

L’arrivée en Russie relevait d’un véritable voyage dans le temps. Nous avions quitté Anchorage, métropole où toutes les commodités nord-américaines vont de soi. Nous avons atterri dans une région entourée d’énormes montagnes et privée de toute végétation. Sise à l’embouchure d’un petit détroit, la ville de Provideniya était autrefois une base militaire animée. Aujourd’hui, la plupart des édifices, faits d’énormes blocs de béton empilés les uns sur les autres, sont inoccupés et laissés à l’abandon. Cette situation s’explique puisque, depuis le début des années 1990, près de 80 % des habitants sont partis, et plusieurs de ceux qui sont restés n’attendent que l’occasion de déménager.

Nous espérions visiter quelques-uns des villages autochtones des environs, mais leur accès nous était interdit, faute de visa. Comme dans toute région isolée, les déplacements ne doivent pas être tenus pour acquis : nous avons attendu deux semaines avant qu’un hélicoptère puisse nous emmener plus au nord avec notre équipement.

Notre escale suivante fut Lavrentia, centre administratif de la région niché dans une baie. Bien que la ville semble être dans un état de délabrement avancé, les nouveaux édifices bourgeonnent. C’était une ville beaucoup plus petite que Provideniya, toutefois on avait le sentiment qu’elle regorgeait de possibilités. Les boutiques étaient pauvres en marchandises, les produits laitiers et les œufs étaient rares, mais tous les habitants avaient leur part lorsqu’une baleine était prise. Nous avons mangé de la viande de morse et de baleine fraîche et cuite en quantité.

Ce projet a été rendu possible grâce à une contribution financière du programme Francommunautés virtuelles d'Industrie Canada.

© Le Toit du monde
Administration