L'API 2007-2008



Karine Plante
Photo : © Bryan & Cherry Alexander
 
En octobre dernier, l’annonce officielle du lancement d’une nouvelle Année polaire internationale (API) pour l’année 2007-2008 a suscité l’engouement au sein de la communauté scientifique. Habités à la fois par un sentiment d’urgence, d’enthousiasme et d’unité, des milliers de chercheurs de partout dans le monde s’apprêtent à collaborer dans ce projet empreint d’optimisme et d’humanisme.

Le projet est ambitieux. Parrainée conjointement par le Conseil international pour la science (CIUS) et l’Organisation météorologique mondiale (OMM), l’API 2007-2008 est appuyée par un grand nombre d’organismes scientifiques internationaux, tels le Conseil de l’Arctique et la Fondation polaire internationale. C’est une occasion unique pour quelque 20 000 chercheurs d’unir leurs efforts et de relancer l’engouement pour les zones polaires, de déterminer leurs intérêts communs et de sensibiliser le public aux enjeux abordés par la recherche scientifique polaire. Elle est la quatrième en son genre et promet de se distinguer des précédentes API, notamment par sa mission éducative et par l’ampleur des moyens déployés. En effet, des dizaines de projets de recherche coordonnés au niveau mondial portant exclusivement sur les régions polaires seront mis en branle et conduits sur une période de deux ans. Le tout sera mené par des scientifiques en provenance d’une cinquantaine de pays, ce qui en fait « le plus important programme de recherche internationale jamais mis en œuvre dans les régions polaires », selon l’OMM. L’objectif: créer une poussée de recherche, toutes disciplines confondues, et exploiter les nouveaux moyens technologiques pour approfondir nos connaissances de l’Arctique et de l’Antarctique. Ainsi, on souhaite parvenir à une meilleure compréhension des phénomènes qui y sont observés. L’une des particularités importantes de la prochaine Année polaire internationale sera d’inclure pleinement les sciences humaines et sociales dans l’aventure.

Une tradition

Depuis la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques tenue à Montréal l’automne dernier, le sujet est à la une. Le début des années 2000 semble donc un moment tout indiqué pour l’initiation d’un tel projet. C’est d’abord et avant tout pour souligner le 125e anniversaire de la première API que les organisateurs se sont arrêtés sur l’année 2007. C’est l’explorateur et officier de la marine autrichienne Karl Weyprecht qui en a eu l’idée en 1875. Celui-ci avait la certitude qu’une pleine compréhension des phénomènes météorologiques et géophysiques survenant aux pôles (des régions alors méconnues) ne serait jamais atteinte si les nations continuaient de les étudier individuellement. Il lui aura fallu attendre 1879, lors du Congrès international de météorologie à Rome, pour convaincre onze autres pays réunis à cette occasion, de la nécessité d’une collaboration internationale et de l’ampleur de la tâche à accomplir. Ainsi, du 1er août 1882 au 1er septembre 1883, treize expéditions dans l’Arctique et deux en Antarctique ont eu lieu, permettant à plusieurs disciplines de recueillir une quantité inégalée d’informations. C’est la première initiative scientifique commune au niveau mondial. L’événement crée un précédent. La deuxième API a été organisée cinquante ans plus tard, en 1932-1933, suite à l’initiative de l’Organisation météorologique internationale, qui allait par la suite devenir l’OMM. Elle a été instituée principalement pour étudier le Gulf Stream , alors nouvellement découvert. Cette API sera également l’occasion pour plusieurs sciences d’effectuer des avancées significatives.

Au cours des années cinquante, une volonté d’utiliser la technologie développée pendant la guerre à des fins pacifiques, ainsi que la reprise de l’activité scientifique civile, rendent nécessaire la conjugaison des efforts des chercheurs en sciences de la Terre. Le CIUS a donc décidé de tenir une troisième Année polaire, mais de l’inclure dans un projet de plus grande envergure : l’Année géophysique internationale (AGI) de 1957-1958. L’AGI se voulait un programme scientifique basé sur le modèle des API précédentes, mais surtout une entreprise globale concernant toutes les régions de la planète pour une meilleure compréhension de celle-ci. Un effort et un intérêt particuliers ont tout de même été consacrés à l’Antarctique, où douze pays ont alors installé quarante-huit stations.

L’API de nos jours

L’API 2007-2008 marque donc le 50e anniversaire de l’AGI et les préoccupations sous-tendant le projet montrent à quel point la recherche polaire a évolué depuis. Son interdisciplinarité soulignée par le rôle important accordé aux sciences humaines et sociales, témoigne de la globalité des enjeux de recherche. Mais c’est surtout la première fois que la science étudiera les régions polaires en les considérant d’abord en interrelation avec les autres écosystèmes planétaires. Les activités de recherche se dérouleront du 1er mars 2007 au 1er mars 2009 afin de donner la chance aux scientifiques de travailler aux deux pôles en été comme en hiver. Pour l’instant, l’API fonctionne comme un point de rencontre et un pôle d’organisation pour de nouveaux projets de recherche polaire. Le Comité mixte de l’API a été mis sur pied par le CIUS et l’OMM et est dirigé par le Canadien Michel Béland et l’Australien Ian Allison. Il fait la promotion de l’API et examine les propositions de projets provenant d’universités, de communautés nordiques et d’organismes gouvernementaux et les possibilités de partenariats internationaux. Il est appuyé par le Bureau international de la programmation, basé à Cambridge, en Angleterre. Chaque pays participant a été invité à se doter d’un comité et d’un secrétariat national de l’API. Ceux-ci sont chargés de coordonner les activités sur la scène nationale et de veiller à ce qu’elles concernent à la fois les régions de l’Arctique et de l’Antarctique. Ils sont aussi chargés de s’assurer de la pertinence et du caractère interdisciplinaire des projets soumis.

Jusqu’à maintenant, 33 pays ont confirmé leur participation à l’API 2007-2008, dont plusieurs pays nordiques tels le Canada, les États-Unis et les pays scandinaves. La majorité des membres de l’Union Européenne, depuis longtemps partie prenante de la recherche polaire, sont aussi impliqués, ainsi que d’autres pays qui ne semblent pas d’emblée avoir d’intérêt direct pour le sujet comme la Chine, l’Égypte, l’Uruguay, l’Australie et la Malaisie. D’autres pays participeront aux projets sans nécessairement élaborer un programme national. Le financement proviendra principalement d’organismes scientifiques gouvernementaux et de fonds spécialement alloués pour l’événement par les pays impliqués. Le budget global est évalué à plus d’un milliard de dollars. La Chine a d’ailleurs promis une importante contribution financière. Du côté canadien, en plus des fonds accordés par plus d’une quinzaine d’organismes subventionnaires nationaux et de ministères, le gouvernement s’est engagé en septembre dernier à consacrer 150 millions de dollars supplémentaires au financement de projets liés à l’API 2007-2008. Agissant à titre de nation hôte puisque le quart du territoire arctique se situe en son sol, le Canada s’assurera d’avoir en place toutes les infrastructures nécessaires afin d’accueillir le grand nombre de chercheurs qui afflueront dans le Nord canadien.

Ce projet a été rendu possible grâce à une contribution financière du programme Francommunautés virtuelles d'Industrie Canada.

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