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Conférence de Montréal : succès et mobilisation
Marie Alliman
Photo : Dave Laird
« Grand pas en avant, victoire pour les citoyens du monde, accord historique», les commentaires dithyrambiques abondaient à l’issue de la 11ème Conférence internationale sur les changements climatiques qui s’est tenue à Montréal, du 28 novembre au 9 décembre dernier. Malgré des négociations ardues, le triple objectif des « 3A » - Application du Protocole de Kyoto, Amélioration du Protocole et de la Convention, et Avenir - a en effet été atteint. La volonté des pays de renforcer leurs efforts est sans aucun doute la réussite la plus notable. Elle a donné naissance au Plan d’action de Montréal, véritable fiche d’orientation des futurs travaux pour une stratégie mondiale sur les changements climatiques.
Largement médiatisée, la Conférence de Montréal a rassemblé près de 10 000 délégués et observateurs provenant de 189 pays. Et pour cause, l’agenda fixé par la Présidence de la Conférence était ambitieux. D’autant plus que pour la première fois, elle réunissait à la fois la 11ème Conférence des Parties de la Convention-cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (COP11) et la Première Réunion des Parties au Protocole de Kyoto (MOP1)1. La mobilisation citoyenne en marge de la conférence n’a pas été en reste. La Marche pour le climat organisée à Montréal le 4 décembre a remporté un franc succès avec la participation de 40 000 personnes, de tous âges et tous horizons. Certains n’hésitent pas à dire qu’un tel degré de conscientisation des citoyens a certainement eu une influence bénéfique sur les négociateurs.
Les résultats de COP11/MOP1
C’est tout d’abord la crédibilité des engagements du Protocole de Kyoto qui se jouait à Montréal. Or, l’adoption formelle des Accords de Marrakech a montré la volonté des pays de « donner vie au Protocole». Ces accords définissent la manière dont les dispositions du Protocole doivent être mises en œuvre. Sont notamment couverts les mécanismes flexibles dits « de Kyoto ». On y trouve les mécanismes de développement propre (MDP) qui permettent aux pays industrialisés d'obtenir des crédits d'émissions de gaz à effet de serre suite à leur implication dans des projets de réduction des émissions dans un pays en développement (PED). Le lancement d’un Comité de supervision de l’application conjointe permet dorénavant aux entités de ces pays d'acquérir aussi des crédits pour des projets dans d’autres pays développés, particulièrement en Europe de l’Est. Les Accords de Marrakech visent d’autres règles importantes, comme la mise en place d’un système de respect des engagements, le financement pour l'adaptation et le renforcement des capacités pour les PED, et l’utilisation de crédits des puits de carbone, à savoir le développement de zones capables d’absorber les gaz à effet de serre (GES) comme les forêts.
Le deuxième objectif de la Conférence, l’amélioration du Protocole de Kyoto et de la Convention, a lui aussi été atteint. Les parties se sont accordées sur la nécessité d’améliorer le Protocole en renforçant et en simplifiant les MDP2, notamment par un accroissement substantiel de leur financement par les pays développés. De même, les États réunis ont convenu d’un Programme de travail quinquennal sur l’adaptation aux conséquences des changements climatiques, en particulier en faveur des PED, incluant les pays insulaires particulièrement vulnérables. Ce programme vise à identifier les actions prioritaires, à diffuser le savoir-faire et à intégrer cette adaptation au développement durable. Le Plan d’action de Montréal prévoit en outre que les discussions sur le transfert de technologie et les effets de la déforestation doivent progresser.
Jusqu’à la clôture de la Conférence, les nombreux rapports de force et coups de théâtre de dernière minute permettaient de douter de la conclusion d’un accord sur l’amorce de discussions après 2012. Et pourtant, la Conférence de Montréal a bel et bien assuré l’avenir des engagements sur les changements climatiques. Deux accords visent des efforts futurs. Dans le cadre de la convention-cadre de l’ONU, les pays industrialisés et les PED ont convenu de lancer un dialogue sur des actions à long terme. Les États-Unis ont finalement accepté cette décision, malgré leur réticence à s’engager à l’échelle internationale tout au long de la Conférence. Dans le cadre du Protocole de Kyoto, l’après-Kyoto est assuré par l’amorce de discussions par les pays industrialisés sur des engagements chiffrés au-delà de 2012. Une première réunion aura lieu en mai 2006.