Vous êtes ici : Accueil » Archives » Printemps 2006 : Volume 5 no 1 » Éternels, les diamants ?
Éternels, les diamants ?
Batiste Foisy
Photo : Tahera Diamond Corporation
La progression fulgurante de l’industrie diamantaire redonne vie à l’économie du Grand Nord canadien. Cette prospérité pourrait cependant être de courte durée.
Par un matin de février 2005, quatre jeunes hommes, habillés comme des ours, font le pied de grue devant l’édifice Precambrian du centre-ville de Yellowknife. Il fait moins quarante Celsius, l'eau gèle dans leurs bouteilles thermos. Ils y passeront neuf heures. Pourtant, il ne s'agit pas là d'amateurs de sports extrêmes tentant de battre le record d’endurance au froid en milieu urbain. Non, il s’agit plutôt de contractuels à l'emploi de compagnies minières; ils ont pour mandat d'être les premiers à se présenter au comptoir du ministère des Affaires indiennes et du Nord. Tout comme les fanatiques de musique rock qui campent devant la billetterie pour avoir les meilleures places, ceux-ci ont pour mission d’obtenir les licences d’exploration les plus prometteuses.
Ce n’est là qu’une des nombreuses manifestations de la course aux diamants qui agite le Grand Nord canadien depuis la découverte de la première kimberlite aux Territoires du Nord-Ouest (T.N.-O.), en 1991. Aujourd'hui, deux mines sont en opération dans la région du lac de Gras, au nord de Yellowknife. Une autre est en voie de construction et une demande d’évaluation visant l'implantation d'une quatrième mine a été déposée en novembre dernier. Déjà, les deux seules mines en opération aux T.N.-O. ont permis au Canada de se hisser au rang de troisième plus important producteur de diamants au monde.
Au Nunavut, le nombre de permis d’exploration émis a grimpé de plus de 600 % entre 2003 et 2004. Une première mine, Jericho, est entrée en production cet hiver. Elle est située dans la région de Kitikmeot, dans le nord-ouest du territoire. Des sites prometteurs ont aussi été découverts sur l’île de Baffin et dans la péninsule de Melville. Mais le diamant, ce n’est pas l'or, ni le Klondike. De nos jours, Jack London serait bien embêté, armé de son tamis, sa pioche et son courage, de venir chercher fortune au nord du 60e parallèle. À l'aube du XXIe siècle, en effet, il faut être riche avant même de commencer à miner.
Aux T.N.-O., la partie se joue à trois. La société britannique Rio Tinto est l’actionnaire majoritaire de la mine Diavik qui, avec une valeur brute de production évaluée à 10 milliards de dollars canadiens, représente le plus gros gisement de diamants en exploitation au pays. BHP Billiton, une société minière australienne, exploite Ekati dont la valeur de production est évaluée à 9,5 milliards de dollars. D'autre part, les projets de Snap Lake et Gahcho Kué sont l'affaire de De Beers, le titan sud-africain qui contrôle près de 60 % du marché mondial du diamant.
Au Nunavut, la situation est légèrement différente. La mine Jericho, beaucoup plus petite que les projets des T.N.-O., est propriété d'une société canadienne qui ne détient pas d’autres intérêts ailleurs dans le monde. La Tahera Diamond Corporation peut espérer encaisser 260 millions de dollars avec sa mine située près de Kugluktuk. Mais il n'en demeure pas moins que ce sont les géantes BHP Billiton et De Beers qui sont les compagnies les plus actives au Nunavut au niveau de l'exploration et, éventuellement, de l'exploitation.
Incontestablement, l’essor du diamant s'est avéré bénéfique pour l’économie du Nord. « Le diamant a sauvé Yellowknife », n’hésite pas à affirmer le maire de la capitale des T.N.-O., Gordon van Tighem. Lui se souvient de l’incertitude qui régnait dans sa ville quand les mines d’or ont commencé à fermer au début des années 1990. À cette époque, les Yellowknifers, en grande partie venus d'ailleurs, quittaient la ville et rentraient chez eux. Les commerces fermaient boutique. Mais la découverte du diamant a redonné vie à Yellowknife.
Selon le ministère de l’Industrie des T.N.-O., les mines de diamants et les ateliers de coupe et polissage fournissent quelque 2 000 emplois directs dans la seule région de Yellowknife. Avec un taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) annuel avoisinant les 20 %, la capitale des T.N.-O. est la deuxième ville la plus prospère au Canada. C’est aussi là que les salaires sont les plus élevés au pays.