J'apprends l'inuktitut à Paris

Gens dans une salle de classe

Carole Cancel
Photo : Carole Cancel
 
L’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO) assure en France un cursus en langue et culture inuites. Je participe à cette formation depuis deux ans déjà. Venue à Iqaluit dans le cadre d’un échange interuniversitaire, je me propose de partager avec vous mon expérience d’étudiante. Mais avant tout, un peu d’histoire.

L’INALCO

L’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO) est né sous le règne de Louis XIV pour répondre au besoin de la France de former des interprètes afin de faciliter les relations avec les pays du Levant. En 1669, Colbert créa ainsi l’École des Jeunes de Langues. Suivant les besoins spécifiques à chaque siècle, l’établissement a progressivement pris en charge l’enseignement de nombreuses langues étrangères. Depuis 1985, l’INALCO a pour mission de développer la recherche dans les domaines de la langue et de la culture, de contribuer à la diffusion de productions scientifiques et pédagogiques, et de favoriser les échanges universitaires et culturels entre la France et les pays concernés. Aujourd’hui, l’établissement accueille 12 000 étudiants et propose l’étude de plus de 90 langues grâce à une formation initiale et continue.

L’inuktitut à Paris

Depuis 1989, l’INALCO offre un cursus complet de langue et culture inuites assuré par une équipe d’enseignants-chercheurs dynamiques. Elle est composée de Michèle Therrien, responsable du programme, de Vladimir Randa, de Philippe Le Goff et de Nicole Tersis. L’enseignement de la langue porte sur le dialecte du Nunavik, le nunavimmiutitut. Toutefois, il reste ouvert aux autres variétés de la langue inuite. C’est ainsi que Nicole Tersis appuie son cours de linguistique sur des exemples tirés du tunumiisut parlé au Groenland oriental. L’enseignement inclut la conversation et la traduction de textes oraux et écrits (contes, mythes, récits, chants provenant du Nunavik et du Nunavut). Seule l’écriture syllabique est utilisée.

L’équipe pédagogique permanente est enrichie chaque année par des professeurs et étudiants du Collège de l’Arctique du Nunavut. Présents pour des périodes de quelques semaines, ils apportent une complémentarité nécessaire à l’enseignement de l’inuktitut dans un milieu si éloigné des territoires inuits. Tous les ans, des échanges interuniversitaires sont ainsi organisés entre les étudiants avancés du programme de langue et culture inuites de l’INALCO et ceux du programme de traduction et d’interprétariat du Collège de l’Arctique, sous la direction de Susan Sammons. C’est dans le cadre de cet échange que j’ai atterri à l’aéroport d’Iqaluit, le 20 septembre 2005.

Sumut inuktitut ilinniaqattapit ? Pourquoi apprends-tu l’inuktitut ?

Voilà la question à laquelle j’ai été confrontée dès mon arrivée, et à juste titre. Elle m’a portée à réfléchir sur les motivations profondes qui m’ont amenée à apprendre l’inuktitut et sur les responsabilités qui m’incombent en tant que bénéficiaire d’un tel enseignement.

Comme tous les étudiants du programme de langue et de culture inuites, j’ai suivi un parcours atypique. Ce que certains appellent la « fascination pour les peuples du Nord » n’est pas à l’origine de mon intérêt pour ces derniers. Tout a commencé par une rencontre qui a bouleversé mon existence alors que j’avais 21 ans. Ma rencontre avec Jeela Palluq, originaire d’Igloolik, qui enseignait l’inuktitut à l’Université Carleton à Ottawa au cours de l’année scolaire 2003-2004 a été décisive. Elle m’a donné envie d’en savoir plus et de m’intéresser tout particulièrement aux femmes inuites qui occupent des postes dans le domaine politique. Je leur ai d’ailleurs consacré ma maîtrise en Études canadiennes et en Études inuites. J’entreprends actuellement une thèse de doctorat en co-tutelle (INALCO/Laval) consacrée à une approche anthropologique du discours inuit contemporain.

Ce projet a été rendu possible grâce à une contribution financière du programme Francommunautés virtuelles d'Industrie Canada.

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