Ressources naturelles

Étendues d'eau et de terre vues d'un avion

Batiste Foisy
Photo : Patrick Reece
 
Que ce soit un projet de gazoduc aux Territoires du Nord-Ouest, une mine de diamants à Kugluktuk ou un désastre écologique aux confins de la Sibérie, le Grand Nord du XXIe siècle vit au rythme effréné de l’exploitation de ses ressources naturelles. Le développement minier et gazier intensif qui a cours un peu partout dans le monde circumpolaire interpelle la société nordique. La mise en valeur de ces ressources naturelles est présentée comme un moteur essentiel au développement économique du Nord, mais soulève des questionnements socioculturels et environnementaux dont nous devrons répondre devant les générations futures. Peut-on vraiment fonder une économie durable sur l'exploitation de ressources non renouvelables ? Les modes de vie traditionnels des peuples de l’Arctique peuvent-ils s'accommoder de ces chantiers colossaux ? Quel impact l’industrialisation du Nord aura-t-il sur l’environnement ?

Points chauds en pays froid

Il n’y a pas qu’au Canada que les ressources naturelles du Grand Nord attisent les convoitises. Partout à travers le monde circumpolaire, des chantiers d’envergure se mettent en branle. Voici quelques exemples qui font de l’Arctique non plus un endroit sibyllin, vierge de toute action humaine, mais au contraire un vaste chantier industriel.

Si les caribous avaient droit de vote

L’Arctic National Wildlife Refuge (ANWR), situé dans le nord-est de l’Alaska, alimente les débats de la Chambre et du Sénat américains depuis plus d’une décennie, et pour cause! L'ANWR abrite en effet d'importants gisements pétrolifères... D'un côté, le lobby du pétrole et la majorité de l'élite politique de l’Alaska qui prétendent que cette plaine côtière contribuera à assurer l'avenir énergétique des États-Unis. De l'autre, les environnementalistes et le peuple Gwich’in pour qui il s'agit là d'une zone protégée, hôtesse d'une aire de mise bas d'un important troupeau de caribous.
C'est dans la partie nord de ce refuge de 9,2 millions d'acres que se trouve le pétrole. Depuis 1980, une loi interdit le développement pétrolier sur l'ensemble de la superficie du refuge. Cependant, la zone pétrolifère, sise au nord du refuge ne jouit pas du statut de "réserve écologique" comme c'est le cas pour la région plus au sud. En 1996, le Congrès américain avait voté une loi pour étendre cette désignation de "réserve écologique" à l'ensemble du refuge, et ainsi rendre à jamais impossible l’exploration et le développement pétrolier dans l’ANWR. Le président de l’époque, le démocrate Bill Clinton, a cependant usé de son droit de veto et la loi, qui faisait la joie des écologistes, n’a jamais vu le jour.

Avec l’élection à la présidence de George W. Bush, la possibilité que l’ANWR soit ouvert à l’exploration pétrolière a refait surface. Dès son premier mandat, le président républicain a identifié le refuge – dont les réserves de pétrole, selon les estimations, ne représentent que 12 à 30 milliards de barils – comme la clef de sa politique énergétique. Depuis lors, des votes toujours très serrés sur l’ANWR se succèdent à la Chambre des représentants et au Sénat. En avril 2005, le Sénat s'est finalement rendu aux arguments du gouverneur de l’Alaska, Frank Murchowski, et a donné son accord à l’exploration pétrolière dans le refuge. La partie n’est pourtant pas gagnée pour les pétrolières puisque la Chambre des représentants continue de s'opposer à cette exploitation.

En janvier dernier, les quotidiens de toute la planète annonçaient que le Congrès américain venait de dire « oui au forage en Alaska ». Ce prétendu revirement n'en était pourtant pas un. En effet, le vote en question portait sur la région du North Slope, une partie de l’Alaska correspondant au territoire de la nation Inupiat, ouverte au développement pétrolier et gazier depuis les années 1970.
Les conséquences environnementales de ce développement pétrolier dans le territoire inupiat sont tristement célèbres. En effet, qui n’a pas entendu parler du naufrage de l’Exxon-Valdez ?

Pour en savoir davantage, le lecteur est invité à consulter les sites suivants:

Ce projet a été rendu possible grâce à une contribution financière du programme Francommunautés virtuelles d'Industrie Canada.

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