Conférence du capitaine J.E. Bernier à l'université Laval

Photo ancienne de soldats au pied d'une croix

Stéphane Cloutier
Photo : (J.E. Bernier, Voyage de 1908-1909)
 
Le capitaine Joseph Elzéar Bernier a été reconnu de son vivant à travers tout le Canada, l'Europe et les États-Unis pour les exploits qu'il réalisa au cours de ses nombreuses expéditions arctiques. De 1904 à 1911, il aura contribué à l'affermissement de la souveraineté du Canada dans les îles de l'Arctique. De 1912 à 1917, l'aventure nordique du capitaine s'est poursuivie, cette fois à titre privé, dans la région de Pond Inlet, où il opéra sa propre entreprise. De 1922 à 1925, le bon vieux loup de mer retourna au service public en tant que capitaine des premières patrouilles de l'Arctique de l'Est.
 
Nul autre que le capitaine Bernier aura autant éveillé les Canadiens aux réalités et à l'importance de l'Arctique. Il prononça, souvent à ses propres frais, une multitude de conférences aux quatre coins du pays, ainsi qu'à l'étranger. Dès la fin du 19e siècle, le capitaine s'était acquis une réputation internationale en tant qu'érudit et spécialiste des questions nordiques, de navigation et de conquête du pôle Nord. Hormis ce dernier point, un rêve qu'il ne put jamais réaliser, Joseph Elzéar Bernier contribua activement à l'appropriation d'un immense territoire à sa patrie, malgré la glace, le froid et les longues nuits polaires. Il développa également d’excellentes relations avec les Inuits. Ses aventures ne pouvaient faire autrement que captiver l'imaginaire de milliers de ses concitoyens.

Nous vous présentons aujourd'hui un texte inédit, provenant des Archives nationales du Québec, qui devait paraître dans l'un des livres du capitaine Bernier. Ce dernier projetait, en fait, d'écrire trois livres : une autobiographie, un livre consacré à son projet de conquête du pôle Nord et, finalement, une synthèse de ses douze expéditions dans l'Arctique canadien. La mort l'aura toutefois prématurément arraché à sa plume, le 26 décembre 1934, à l'âge vénérable de 82 ans. L'œuvre partielle et posthume de Bernier fut néanmoins publiée en 1939 par son beau-frère, Esdras Terrien, alors rédacteur en chef au journal Le Droit d'Ottawa.

Le texte suivant est un compte rendu d'une conférence illustrée – à l'aide de projections lumineuses – prononcée par le capitaine Joseph Elzéar Bernier à l'Université Laval, en 1925. Un peu plus tôt dans la même journée, le capitaine Bernier reçut la médaille d'or de la Société de géographie de Québec, lors d'un magnifique banquet offert en son honneur au Château Frontenac.

Stéphane Cloutier

Conférence illustrée à l'Université Laval

Le soir même du banquet, le 9 mars [1925], 8 heure p.m., M. l'abbé Camille Roy, recteur de l'Université, voulant continuer les traditions établies, ouvrait toutes grandes les portes de la magnifique salle des Promotions aux membres de la Société de géographie de Québec, et donnait en même temps au grand public l'occasion de se joindre à eux pour venir applaudir à son tour le héros du jour, le capitaine Bernier.

La salle, pourtant très vaste, ne pouvait contenir tous ceux qui voulaient entendre le distingué marin et un grand nombre de personnes durent malheureusement retourner à la porte.

À huit heures précises, le recteur de l'Université Laval, entouré des dignitaires de sa maison, venait au grand salon saluer le conférencier et les membres du bureau de direction de la Société de géographie de Québec, et de là tous se rendirent à la salle des Promotions où les attendait une foule considérable.
Aux places d'honneur se trouvait une bonne partie des convives qui assistaient, le midi, au déjeuner offert au capitaine Bernier et, pour rendre hommage à la distinguée compagne de l'explorateur, qui était présente à la conférence, un grand nombre de dames de la meilleure société avait bien voulu rehausser de leur charme la fête solennelle qui devait couronner si dignement ce grand jour.

L'honorable Cyrille F. Delage, président de la Société de géographie de Québec, présenta en termes délicats le conférencier du jour, le capitaine Bernier, et se dit heureux d'inaugurer sa carrière de président en lui offrant de nouveau le tribut d'éloges que lui méritait toute une vie de dévouement et de sacrifices sans nombre consacrés au plus grand bien de son pays, le Canada. Il remercia aussi les autorités universitaires pour la coopération bienveillante qu'elles avaient apportée au succès de cette imposante cérémonie en l'honneur du grand patriote canadien.

Au milieu d'un tonnerre d'applaudissements, le capitaine Bernier monta à son tour à la tribune. Sur sa poitrine brillait la médaille d'or que la Société de géographie de Québec avait, pour la première fois depuis sa fondation en 1877, accordée à un explorateur canadien.

En quelques paroles émues, le capitaine Bernier remercia de nouveau la Société pour le témoignage de haute bienveillance qu'elle avait bien voulu lui accorder, quelques heures plus tôt, et se dit profondément touché de voir le grand public, représentant tous les citoyens de la ville de Québec, se joindre à elle pour confirmer son acte de trop grande générosité.

Puis, en homme d'action, pour qui chaque minute est précieuse, il aborda directement son sujet. Au moyen de projections lumineuses, il donna, tout d'abord, un aperçu de l'immensité du territoire qu'il a conquis au Canada. Il s'attarda d'avantage sur la date mémorable du 1er juillet 1909, alors qu'il prenait solennellement possession, au nom de sa Majesté le roi, de toutes les terres de la région arctique se trouvant au nord du Canada. Il projeta sur l'écran le fac-similé de la plaque commémorative qui servit à immortaliser ce grand événement et qui fut fixée au plus au sommet de l'île Melville, la terre la plus lointaine de tout le territoire canadien, au-delà du Cercle polaire. Non loin de là, il dressa ensuite une grande croix en bois sur un calvaire dont chaque pierre avait été, au prix d'efforts inouïs, transportée à bras d'hommes. C'est au pied de cette croix qu'il récita, pour la première fois, devant son équipage réuni, un acte de reconnaissance au Dieu des Chrétiens qui avait protégé la périlleuse expédition. Il déploya ensuite plusieurs cartes circumpolaires où sont indiquées toutes ses découvertes successives, embrassant une période de vingt ans, et démontrant clairement les points principaux où sont placées les inépuisables mines d'or, de charbon, de cuivre et autres minéraux précieux dont l'exploitation garantit pour l'avenir la richesse économique du pays.

Puis, grâce au bienveillant concours de l'abbé Rosario Benoît, professeur de physique au Séminaire de Québec, le capitaine Bernier fit dérouler devant l'assistance une pellicule cinématographique donnant tous les détails de son dernier voyage dans les régions arctiques, en 1924. Avec le capitaine Bernier comme cicérone, l'assistance accomplit en l'espace de deux heures, une véritable expédition dans les terres du Nord, y rencontra les officiers de la police montée du Canada, fit connaissance avec les Esquimaux, dont l'intelligence s'éveille prodigieusement vite au contact de la civilisation, et parcourut enfin cet immense territoire où le charme de la nature est parfois si séduisant.

Le capitaine Bernier, à l'aide de cartes immenses, exposa les difficultés sans nombre qu'il lui fallut surmonter dans les eaux glacées du Groenland et de l'Islande et expliqua la formation des icebergs. Il expliqua que cette vue avait été prise afin d'assurer au Canada la priorité de possession de tout ce territoire.

Ce projet a été rendu possible grâce à une contribution financière du programme Francommunautés virtuelles d'Industrie Canada.

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