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Jeux d'hier, élite de demain
Anne Dupuis
Photo : Jean-François Pagé
À Iqaluit, dans les hangars de l’aviation canadienne, l’unique avion est fait de chair et d’os. Un jeune Inuit plane à un demi-mètre du plancher, le corps parallèle au sol, les bras comme des ailes, les jambes tendues, porté par trois hommes qui ne soutiennent que le bout de ses pieds et ses poings crispés par l’effort. Sur un rythme lent scandé par les porteurs, l’avion humain avance. La douleur se lit sur son visage. Quand il s’effondre, c’est presque un soulagement pour les spectateurs subjugués. Pourtant, l’épreuve n’aura duré que quelques secondes à peine.
Céline Petit est étudiante au doctorat en anthropologie. Elle s’intéresse au jeu dans les sociétés inuites de l’Arctique canadien. Elle rappelle qu’il y a des témoignages de jeux d’endurance et de force qui étaient pratiqués par les Inuits quand, par exemple, les conditions météorologiques empêchaient d’aller à la chasse. « On évoque souvent les duels à coups de poing sur l’épaule ou sur la tempe. » Cette tradition de duel nous est un peu plus familière depuis la diffusion du film Atanarjuat où deux hommes se disputent une fille en s’assenant des coups de poing : le premier dégage sa tempe pour que l’autre le frappe. Puis, à son tour, celui qui a frappé offre la tempe… jusqu’à ce que l’un des deux s’écroule. « Un autre jeu consistait à mesurer sa force en portant un caribou le long d’un parcours déterminé. »
Mais Céline Petit ajoute : « Je ne me pose pas tant la question de savoir si ces jeux ont existé comme tels avant la sédentarisation. Ce qui est intéressant, c’est de savoir pourquoi on les présente aujourd’hui comme des jeux traditionnels, quels en sont les aspects qu’on veut faire valoir. »