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Rompre avec le passé
Suzanne Francoeur
Photo : Pudlo Pudlat
James Houston a trouvé un filon unique le jour où il a découvert les merveilleuses sculptures taillées à Cape Dorset, dans les années 1950. Il en dénicha un deuxième lorsqu’il créa une industrie de la gravure de reproduction en adaptant à la saponite la méthode de la planche à graver.
Pendant la décennie qui suivit, ce fut la frénésie : les soirs de vernissage, les gens faisaient la queue pour prendre un numéro qui leur permettrait d’acheter une gravure. La fièvre de cette période est tombée. Les gens achètent encore des gravures, sans toutefois manifester le même enthousiasme. Il y a toujours des soirées de vernissage et le chapeau contenant des numéros circule encore, comme si quelqu’un pouvait gagner un prix… mais le travail n’a pas changé.
Nul ne peut prétendre que l’industrie de Cape Dorset a été mal administrée; bien au contraire, elle a été gérée à outrance, de telle sorte que cette forme d’art est devenue une commodité. Les lignes sensibles et spontanées des premières sculptures sur cuivre ont disparu. Par contre, les gens qui menaient la barque il y a quarante ou cinquante ans sont toujours à la barre. Le groupe de jeunes dans la fleur de l’âge qui devraient maintenant créer tarde à s’épanouir. On ne peut dire qu’il s’agit d’une perte totale. Cependant, qu’arrivera-t-il après la disparition des artistes renommés? Qui reprendra le flambeau?
Ce qui est tragique, c’est qu’il existe peut-être dans le Nord plusieurs dizaines d’artistes aussi talentueux dont nous ne connaîtrons probablement jamais les œuvres. Pensons par exemple à Edward Poitras, un artiste canadien des Premières Nations qui a représenté le Canada à la Biennale de Venise, il y a quelques années. Qui peut prétendre qu’aucun artiste inuit ne puisse servir de mentor à nombre d’autres? Aucun effort digne de ce nom n’a encore été investi pour favoriser la relève. Qu’en coûterait-il de fournir papier et crayon et peut-être offrir une session de formation annuelle à l’occasion afin de nourrir un tel rêve?