Vous êtes ici : Accueil » Archives » Automne 2006 : Volume 5 no 2 » Le défi des langues inuites au Nunavut
Le défi des langues inuites au Nunavut
Arianne Clément
Photo : Arianne Clément
Sur des rivages battus par les vents et les bourrasques des longs hivers arctiques, tributaires de la banquise, les Inuits ont développé un mode de vie fondé sur la chasse et la pêche jusqu’à ce que l’arrivée des Blancs ne vienne bouleverser leurs cultures et leurs traditions. Leurs langues s’en sont trouvées menacées et ils doivent aujourd’hui lutter pour en assurer la conservation et l’épanouissement.
Il y a 4 à 6 mille ans, les ancêtres directs des Inuits arrivèrent dans l’Arctique. Leurs langues font partie de la famille des langues eskimaudes-aléoutes et comprennent aujourd’hui : l’inuktitut, l’inuinnaqtun et plusieurs dialectes moins répandus. Les Inuits, qui ne disposaient pas de système d’écriture avant l’arrivée des Blancs, transmettaient oralement leur culture et leur histoire grâce aux récits, aux légendes et aux chants.
Les langues inuites sont actuellement parlées par environ 150 000 Inuits du Groenland, de l’Alaska, de la Sibérie et du Canada. Si de nombreuses langues autochtones ne comptent pas suffisamment de locuteurs pour qu’on puisse espérer leur survie, l’inuktitut, sur le territoire du Nunavut, fait exception. L’inuktitut et les dialectes qui lui sont apparentés se sont vraisemblablement bien préservés puisque 85 % des habitants du territoire s’expriment dans ces langues. On peut attribuer la conservation de l’inuktitut au fait que, jusqu’à tout récemment, les Inuits étaient isolés du reste du monde et que peu d’étrangers habitaient le territoire.
Bien qu’une grande majorité de la population nunavoise parle une langue inuite, l’anglais s’impose sur le territoire comme la langue du gouvernement, des communications et des affaires. Les langues inuites sont parlées dans les foyers et enseignées au début de l’école primaire mais l’accès aux informations, aux services sociaux, aux soins de santé, aux services juridiques, aux études avancées et au marché du travail nécessite la connaissance de l’anglais. Les Inuits, s’ils veulent se tailler une place dans la société, n’ont d’autre choix que de maîtriser la langue des allochtones. Étant donné qu’ils sont majoritaires sur le territoire, beaucoup d’Inuits remettent en question la suprématie de l’anglais.